🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.
🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.
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Juste vêtue d’un tout petit rien

Il était trois heures du matin lorsqu’elle sonna à ma porte.
À moitié endormi j’ouvris ; elle était là à moitié nue,
Juste vêtue d’un petit rien, une chemise sans façon
Posée sur ses frêles épaules et ne cachant rien de ses charmes.
« Pourriez-vous me prêter des piles ? » Me demanda-t-elle hardiment.
« Je n’en ai plus à la maison et j’ai pensé qu’entre voisins
Vous auriez l’amabilité de m’en fournir quatre exemplaires
Pour mon sex-toy électronique qui vient de me laisser en plan ! »
J’invitai la fille à entrer en faisant semblant de chercher
Les piles qui étaient stockées bien à l’abri dans leur placard.
Prenant pitié du désarroi de ma voisine assez frustrée,
Je lui proposai d’échanger son gode par mon intimité.
La main direct au pantalon, elle tâta la marchandise
Qui jaillit par l’excitation contre toute gravitation.
C’est ainsi que mon sexe sans pile a pris le grade de sex-appeal
Et que j’ai confié sa clef à ma concubine abonnée.
Moralité : en avril, ne te découvre pas d’un fil !Tableau de William Oxer.
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La fleur Ă tĂŞte de chat


Trois petits chats et même quatre sautant d’une plante isolée
M’ont surpris tandis que j’errais en recherche d’inspiration.
Aussi immobiles que folâtres, ne voulant pas les affoler
Et réfrénant mon intérêt, je retins ma respiration.
C’est ainsi que je découvris la « fleur à la tête de chat »
Envoyée par un anonyme correspondant électronique.
Surfant sur internet, j’ouvris tout en donnant ma langue au chat
Des pages et des pages éponymes sans trouver d’exemplaire unique.
J’ai donc fini par soupçonner l’intelligence artificielle
De m’avoir monté une farce, histoire de me faire sourire.
Ces circuits ont dû bouillonner d’une énergie spirituelle
Avec ses mémoires comparses et tous ses serveurs en délire !
« Et dans un coin de mon esprit, un doute persiste et s’étire :
Ces chats-fleurs ont-ils existé ou n’étaient-ils qu’un doux mirage ?
Un rêve imprimé par l’écrit, né d’un algorithme à sourire,
Ou bien l’écho manifesté et caché derrière un autre âge ? »La fleur à tête de chat a été générée par l’intelligence artificielle.
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Les cinq éléments


L’homme est de feu, la femme d’eau et doivent rester les pieds sur terre.
Mais comme l’amour est dans l’air et donne un cinquième élément,
Pour activer la libido et concilier leurs caractères,
Son travail est spectaculaire et, on peut le dire, dément.
Cupidon n’est qu’un commercial ; il fait se conclure l’affaire
Aux deux parties qui vont signer un pacte à durée variable.
Seul le SAV est crucial pour construire ou bien pour défaire
L’amour qui leur est assigné au potentiel multipliable.
En cas de panne du moteur, il n’y a pas de garantie ;
Les cœurs fêlés sont réparables ou défectueux à jamais.
Une faute envers les droits d’auteur sur la famille est ressentie
Comme un divorce irrémédiable pour celui ou celle qui l’aimait.
Mais tout ça n’est que théorie et l’amour aime la pratique
Car il ne croit que ce qu’il voit et il aime à s’en souvenir.
Il faut croire a posteriori qu’il est une loi mathématique
Qui prouve que l’amour est la voie la plus probable de l’avenir.Une Illustration de Divinasincronia et une autre image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Fusion des corps – 1

Quand l’amour devient combustion, les deux cœurs ont un appel d’air
Et le feu va de l’un à l’autre brûlant sous l’emprise des sens.
Le piston en double injection dans la culasse récipiendaire
Entre, sort, rentre et puis se vautre comme dans une explosion d’essence.
Tel un moteur à quatre mains, à quatre temps synchronisés ;
Plusieurs vitesses au plancher et parfois mĂŞme Ă propulsion ;
Tout terrain selon les chemins et positions préconisées
Pour mieux jouir et déclencher les plus orgasmiques pulsions.
Quand le moteur à des ratés, il lui arrive de caler ;
Pour ne pas noyer le moteur, laisser la bĂŞte reposer.
Inutile de baratter ou de bourrer en décalé ;
Mieux vaut demander à l’auteur d’attendre d’être mieux prédisposé.Illustration d’Alphachanneling sur https://alphachanneling.com .
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Tandis que l’homme court à sa perte…
Tandis que l’homme court toujours à la course contre la montre
Pour vaincre sa peur de la mort et compenser de son vivant,
Le voilà contraint, tous les jours, à courir comme le démontre
La loi du gain et de l’effort pour gagner son pain motivant.
Il est devenu mange-temps, gobe-minute, croque-seconde
Et digère l’heure accumulée dans son estomac financier.
Sa vie allant en augmentant, il voit sa course furibonde
De plus et en plus stimulée comme un Sisyphe pénitencier.
Et puis un beau jour, tout s’arrête. Fini cette épreuve futile !
Parvenu au bout de sa course, il souhaite enfin se défouler.
Mais à l’étape de la retraite, il souhaite encore se rendre utile ;
Hélas par le trou de sa bourse, son temps de dupe est écouléTableau de Antoine Mansour sur https:antoine-mansour.weebly.com?ssp_iabi=1677572165579 .
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…La femme attend l’heure adéquate
L’homme ayant chanté tout l’été se trouve dépourvu en hiver,
Ayant tout misé sur l’argent et le bonheur artificiel.
Il vient voir la femme, hébété, lui priant de son univers
L’accueillir en lui partageant un peu de vivres substantiels.
Mais la femme n’est pas tombée de la dernière pluie battante ;
Elle attendait l’heure adéquate pour prendre sur lui sa revanche.
« Où sont passées les retombées de tes dividendes en attente ? »
Demande-t-elle d’une voix coite à l’homme bête comme un manche.
« J’ai consacré toute ma vie à accumuler des richesses,
Les recomptant, les maintenant, jusqu’à l’annonce du trépas. »
« Eh bien ! » répond-elle ravie, « après toutes ces belles largesses,
Tu peux décompter maintenant car l’amour, lui, ne compte pas ! »Tableau d’Antoine Mansour sur https:antoine-mansour.weebly.com?ssp_iabi=1677572165579 .
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Demain les poissons
Du temps où j’ai été poisson ? L’ADN n’en porte nulle trace.
Du temps où je vivais dans l’eau ? Dotée de branchies, j’imagine.
Ainsi ma vie fait sa moisson parmi les genres de toutes races
Mais ma mémoire va à vau-l’eau pour remonter ses origines.
Lundi, amibe un peu timide ; mardi, j’évolue en brochet ;
Mardi, mercredi ma structure fut telle que jeudi m’accoucha
Au sommet de la pyramide : Vendredi ! Je reste accrochée
À ma véritable nature : poisson-clown ou bien poisson-chat.Tableau d’Olga Esther sur https:beautifulbizarre.net20190129vulnerable-rebellion-an-interview-with-olga-esther .
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Quand Avril frappe Ă ta porte
Fin mars, « toc-toc ! » déjà l’huissier qui s’en vient frapper à ma porte ?
« Poisson d’avril ! » crie par brimade mon facteur grimé en sardine.
« Quel dommage que vous ne puissiez… » – lui répliqué-je de la sorte –
« À mon repas de sardinade car c’est à l’huile qu’ici l’on dine ! »
« Nous n’avons pas gardé nos thons dans la même boîte-à -sardines ! »
Me rétorque le fonctionnaire tout en lissant sa queue d’écailles.
« Si d’aventure nous barbotons ensemble de façon anodine,
Peut-être… » – dit-il débonnaire – « …nous plairons-nous, vaille que vaille ! »Illustration de Dominic Murphy sur https:www.dominicmurphyart.co.ukdown-the-rabbit-hole .
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Le lotus violé
Le Radjaïdjah m’a rendu fou au pays du soleil levant ;
Ainsi, le coronavirus est arrivé jusqu’au ponant.
Devrais-je apprendre le Kung-Fu, devrais-je prendre les devants
Et jouer à la roulette russe avec un vaccin détonnant ?
Heureusement il y a Tintin dont les aventures notoires
Ont vaincu l’abomination dans tous les pays de la Terre.
J’entends sa voix dans le lointain qui dit que toutes ces histoires
Relèvent de l’affabulation et de pratiques délétères.Illustration de Hergé.
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Le visa santé


Les passeports pour l’avenir comportent un visa de santé
Et l’on ne pourra voyager que si l’on montre patte blanche.
Fini le temps des souvenirs ; demain vous devrez présenter
Votre statut d’esclavagé pour accéder aux villes franches.
Il se peut même qu’on applique un QR-code sur votre front
Afin que flics et douaniers numérisent vos déplacements.
Et de ce fait, pas de réplique ! Les armes à scanner recevront
Votre identité remaniée pour vous nuire efficacement.Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.
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L’étiquette pour tous
Le test PCR est obsolète, le test anal est périmé
Pour chercher la petite bête, vous devrez bien vous arrimer :
Désormais des pieds à la tête en passant par le périnée,
On vous enfonce une pipette, rassurez-vous, glycérinée.
Puis on vous colle l’étiquette sur laquelle seront imprimés
Vos goûts, croyances et religion et même le compte bancaire.
Partout des mouchards contre-enquĂŞtent peuvent mĂŞme vous supprimer
Selon le taux de contagion de votre existence précaire.Tableau de Leonora Carrington.
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Les banquets suisses
Mettez de l’or dans la fondue et de l’oseille dans la raclette ;
Fourrez vos saucisses de Ricola et, de tout votre blé, les spätzli.
Évaluez les fruits défendus mais sans rabais sur la galette ;
Mangez vos pièces en chocolat et assaisonnez vos rösti.
Les banquets suisses anonymes savent accommoder leurs valeurs
Aux spécialités du terroir, numérotées et décomptées.
Liquide et blé sont synonymes avec pots de vin racoleurs
Et les recettes de fond de tiroir s’enrichissent avec du comté (… du Jura).Tableau de Leonora Carrington sur https:www.wikiart.orgenleonora-carrington .
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Poissons d’avril


Une grenouille un peu revêche, plongée sans son consentement
Dans l’eau bouillante, sort par réflexe d’autodéfense assurément.
Or, si on la met dans l’eau fraîche que l’on fait chauffer lentement,
Au début, elle sera perplexe mais elle cuira sûrement.
D’abord, on nous a confiné ensemble dans nos appartements ;
Après, nos sorties sont restreintes et nos approvisionnements ;
Puis, internet est limité, le téléphone également ;
Demain, nous vivrons dans l’astreinte ou supprimés légalement.Photos de Stefan Gesell et Sansa Mandara.
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Starlettes au haras
Les pouliches vont sur la Croisette et les starlettes au haras.
En robe blanche ou isabelle, coiffée d’une queue de cheval,
Elles font la une des gazettes, en rouge à lèvres et mascara,
Pour savoir qui est la plus belle et gagnera le festival.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La nuit surprise
Ă€ chaque nuit de pleine lune, je vais taire les calomnies
Sur les rayons blancs phosphorés qui font sortir les loups garous.
Je choisis cette heure opportune à lutter contre l’insomnie
Avec mon loup dans la forĂŞt qui court pour vider son courroux.Tableau de Lucy Campbell sur https:disk.yandex.ruawp9rphPJ3Yp7mg .
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Animaux d’avril – 2
« Le rire est le propre de l’homme. » Est-ce que vraiment vous le croyez ?
Car tous les animaux sont drôles pour celui qui sait écouter.
Il n’est point besoin de diplôme pour rire à gorge déployée ;
La nature tient ses jeux de rĂ´les justement pour nous dĂ©router.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Animaux d’avril – 1
Si les animaux font sourire en ce premier jour de l’année,
C’est qu’un jour l’homme a décidé de la décaler en janvier.
Et tous les oiseaux, morts de rire, n’en peuvent plus de ricaner
De cette farce Ă©lucidĂ©e Ă laquelle ils sont conviĂ©s.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Chèvre d’avril
Il y a tant d’anniversaires en ce premier du mois d’avril
Que j’ai demandé à ma chèvre si on n’m’avait pas fait de farce !
Elle a maché d’un air sincère quelques marguerites fébriles
Et m’a rĂ©pondu avec fièvre qu’il y avait trop de monde en mars.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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L’or des fous
Que le divin alchimiste fasse entrer dans sa cornue
Un peu de ciel et de mer distillés dans l’alambic.
Chauffé d’un feu animiste, se formera la biscornue
PĂ©pite d’or Ă©phĂ©mère aux valeurs dithyrambiques.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La fée de l’automne ?
On attendait le printemps et c’est la fée de l’automne
Qui se pointe maintenant. Quelle perfide imposture !
Quel ennui, quel contretemps, cette traitresse félonne
Qui s’établit lieutenant avec quelle dĂ©sinvolture !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Le cousin Tigre
Je ne sais si c’est l’humain que j’entrevois dans la bĂŞte
Ou comme un air de famille qui dirait un peu voisin.
J’imagine les chemins d’une histoire analphabète
Dont les innombrables ramilles pourraient nous faire cousins.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Sur un monde tordu
Sur un monde tordu où tout semble asséché
Et pourrait se briser sous la moindre pression,
La question est ardue mais n’a pas empêché
Le papillon irisĂ© d’y faire bonne impression.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Grève surprise
La grenouille est en grève, finie la météo !
Elle ne fera plus la pluie et le beau temps.
Sur l’hélice des rêves, elle vogue en stéréo
Pour suivre un autre flux poussĂ©e d’un vent d’autan.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Les clefs de ma prison
Quand j’ai replié mes rêves, le matin à mon réveil,
Tous mes amis me regardent disparaître à l’horizon.
Mais je remettrai, sans trêve, cap au pays des merveilles ;
Ces chimères d’avant-garde sont les clefs de ma prison.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Le retour au pays
Quand je retrouve enfin ce pays qui m’attire,
Je plonge dans le sol qui fertilise l’âme.
Comme un ange qui passe, un démon, un satyre,
Je goĂ»te Ă pleine bouche et mon esprit s’enflamme !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.