đż Les PoĂšmes du Jour LevĂ©
Chaque matin, à la premiÚre minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici sâĂ©veillent les poĂšmes publiĂ©s ce mĂȘme jour, parfois un an, parfois dix ans plus tĂŽt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans lâeau, des fragments dâĂ©ternitĂ© posĂ©s sur la date du jour, offrant Ă nos cĆurs un miroir et Ă nos vies⊠une mĂ©moire.
đ Aujourdâhui, ce ne sont pas nos annĂ©es que lâon fĂȘte, mais celles des vers, des images, des cris, des Ă©treintes, des silences, car chaque poĂšme est un anniversaire du cĆur.
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Devine qui vient dßner ce soir !

Manifestement les rois mages ne sont plus ceux que jâespĂ©rais ;
Melchior venait de Sibérie et Balthazar du Pont-Euxin ;
Gaspard prĂ©sentait ses hommages avec un air sans intĂ©rĂȘt ;
En bref, ce trio dâahuris fit ce soir-lĂ un vrai tocsin.
Je regardai par lâĆilleton qui pouvait sonner Ă ma porte
Et je vis les protagonistes dâun guerre et paix contemporain.
Et malgrĂ© le quâen-dira-t-on quâĂ lâaccoutumĂ©e je supporte
Jâouvris Ă ces stakhanovistes des manĆuvres sur le terrain.
Melchior craignait quâun vent dâautan le frappe avec fĂ©rocitĂ© ;
Balthazar, Ă lâorientale, lâappuyait de toute sa force ;
Gaspard nâen demandait pas tant, il voulait juste profiter
Dâune soirĂ©e occidentale et boire une bouteille de vin Corse.
Et bien Messieurs, quâon se le dise, les mĂ©dias nous ont Ă©berluĂ©s
Et les rois mages agitateurs ne sont que des marionnettes
Dont les dictatures interdisent Ă leurs peuples dâĂ©voluer
Pour ne pas ĂȘtre imitateurs dâun mondialisme malhonnĂȘte !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Lâivresse de Marianne

Si Marianne devait sâenfiler tout ce quâon boit Ă lâĂlysĂ©e,
La France serait alcoolique et la ville de Foix en cirrhose.
Si elle se devait de défiler avec les gardes mobilisés
Pour la fĂȘte patriotique, elle ferait une psychonĂ©vrose.
Quoiquâil paraĂźt quâon lâa vue nue avec un Roi qui parle anglais
Et qui lui aurait fait trop boire en espérant gaudrioler,
Puis quâil lâaurait sans retenue fouettĂ©e aprĂšs lâavoir sanglĂ©e
Avec violences et dĂ©boires et pour finir lâaurait violĂ©e.
Du schnaps avec le chancelier, du gin avec Charles, je crois,
Qui aurait, comme Ă une fille publique, dit, de sa noble particule :
« De peur que vous ne chanceliez, ralliez-vous à votre Roi,
Puis quittez cette république et son président ridicule ! »
Crac, Marianne a dessaoulĂ© ; Clac, Marianne lâa giflĂ© ;
Badaboum, Marianne a jeté toutes les bouteilles aux containers.
Et croyez-moi si vous voulez, quand le président veut siffler
Son Martini bien agitĂ©, elle lui fait un doigt dâhonneur.Tableau de Lars Helweg.
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La sirĂšne pieuse

La sirÚne avoue-t-elle un culte envers le dieu des océans ?
Voue-t-elle des rites occultes par des usages bienséants ?
Remercie-elle souvent Neptune pour sa manne bonifiée
Lorsquâelle chante sous la Lune pour les marins sacrifiĂ©s ?
La queue ondulante et soumise, les mains jointes sur le pubis,
A-t-elle une faute commise qui lui colore ses joues rubis ?
Elle ferme ses yeux en amande, on dirait quâelle va pleurer
Lorsque son cĆur parle et demande pardon aux veuves Ă©plorĂ©es.
Bien sĂ»r, elle en a le cĆur gros mais ce nâest pas vraiment sa faute.
Alors quand elle montre les crocs, lorsquâelle embrasse Ă marĂ©e haute
Envers le dieu qui lâa conçue dans sa biodiversitĂ©,
Sa proie ne peut ĂȘtre déçue ; câest sa nature en vĂ©ritĂ©.Tableau de Victor Nizovtsev.
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La sirĂšne au clair de Lune


Le clair de lune, pour la sirÚne, source de régénération,
Change ses couleurs outremer en coloris psychédéliques.
Les marins, dans la nuit sereine, tomberont en admiration
Devant ces clins dâĆil Ă©phĂ©mĂšres, feux follets mĂ©phistophĂ©liques.
Ă lâinstar des grands prĂ©dateurs qui chassent dans les mers profondes,
La lumiÚre est domestiquée par les sirÚnes naufrageuses.
Elles attirent les spectateurs par leurs appĂąts qui se confondent
Avec lâenseigne sophistiquĂ©e des maisons closes outrageuses.Tableaux de Victor Nizovtsev.
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La sirĂšne en pleine interrogation

Lorsquâelle est jeune, la sirĂšne ne croit pas quâon vive hors de lâeau.
Certes elle a vu que des oiseaux parcouraient le ciel, hors dâatteinte,
Mais mener une vie sereine sur des Ăźles dans les bungalows
Lui paraĂźt complĂštement maso et dâactivitĂ©s bien restreintes.
Mais au cours de lâadolescence, dâune maniĂšre irrĂ©sistible,
Elle est attirĂ©e en surface sans quâelle comprenne pourquoi.
Elle fait alors la connaissance de lâĂȘtre humain indescriptible ;
Une tĂȘte au sourire boniface mais le reste⊠pas trĂšs adĂ©quat.
Dâabord des jambes qui lui donnent un air de monstre Ă quatre membres
Et un cinquiĂšme riquiqui tantĂŽt raide et tantĂŽt flapi.
Toujours est-il quâelle sâabandonne entre ses bras, dâabord se cambre,
Puis connaĂźt le plaisir exquis lorsquâil la prend sur le tapis.
Enfin, cerise sur le gĂąteau, elle dĂ©couvre que lâhomme est bon ;
Sa chair est juteuse Ă loisir et son sang procure du plaisir.
Elle a compris que les bateaux lui rapportent autant de jambons
Maintenant quâelle sait les choisir bien dodus selon ses dĂ©sirs.Tableaux de Piero Schirinzi sur https://poramoralarte-exposito.blogspot.com/2018/11/piero-schirinzi_18.html .
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Ătons le voile !

Ătons le voile sur la censure et, pourquoi pas, sur les seins sĂ»rs !
Les seins quâil ne faut pas quâon touche du moins sur les saintes nitouches.
Sans désacraliser la femme, ni porter de propos infùme,
Mais en rendant au mamelon son grade et mĂȘme du galon.
Vraiment cette partie du corps paraĂźt taboue et plus encore ;
Lorsquâelle allaite son enfant, certains trouvent ça infamant.
Moi, qui nâai pas tĂ©tĂ© au sein, jâestime ces jugements malsains
Et si jâavais de la poitrine, je lâexposerais en vitrine.Tableau de Konstantin Razumov
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Une lĂ©gĂšre erreur dâadaptation


Dans les mĂ©andres fĂ©minins dâune rĂȘveuse aventuriĂšre
Ă lâoreille rafistolĂ©e de laine et dâun nĆud papillon,
Pour la fille, je reste intraitable : avec ses petits faux-semblants,
Elle a lâair dâavoir picolĂ© et de piquer un roupillon !
Alors lĂ , câest nâimporte quoi ! Je voudrais voir lâaccessoiriste
Et parler au metteur-en-scÚne de sa folle interprétation !
Quant aux trucages inadéquats qui feraient rire un rigoriste,
Câest la goutte dâeau qui mâassĂšne un coup chargĂ© dâimprĂ©cations !Tableaux dâAkiko Ijichi
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Feue la Reine des pommes

La Reine de cĆur perdit la foi envers la doctrine Descartes
Car le bon sens quâelle partageait royalement avec son roi
Se répandit tout à la fois parmi les sujets de ses cartes
Dont le mauvais sens ravageait tous les cĆurs en plein dĂ©sarroi.
Elle brûla en place publique, devant tous, sa carte maßtresse
Et tous ses titres de noblesse et jeta sa couronne aux orties.
Elle proclama la république accueillie avec allégresse
Mais Ă©prouva quelques faiblesses une fois, de ce guĂȘpier, sortie.
Mais la Reine ne perd point la tĂȘte Ă lâinstar de Marie-Antoinette ;
Elle gagne la cour dâAngleterre avec Newton qui lâensorcelle.
GrĂące Ă une pomme Ă©pithĂšte â rĂ©volution sur la planĂšte â
Ensemble, ils remettent Ă la Terre son attraction universelle.Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases
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Divin bassin

Sur les fléaux de ses aiguilles, les deux plateaux sont équivoques
Car cette balance divine pĂšse et juge le cĆur des hommes.
Déjà à peine petite fille, les petits garçons se provoquent
Afin de plaire à la gamine et accéder à son royaume.
Partie sans cesse en équilibre qui fascine et mÚne le monde
Aux yeux obsédés par deux fesses qui abritent le saint des saints.
Le cĆur est pris, on nâest plus libre, en une fraction de seconde.
Jây voue un culte, je le confesse, je suis un fĂȘlĂ© du bassin.
Pour lâanecdote, je me suis fait trois fractures au bassin aprĂšs ma chute de 15 m.Tableau de Carlos Maria Ferreira Soto
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Le chat du cimetiĂšre

Gardien du temple, gardien des morts, méfiez-vous du chat qui dort.
Gardien des rĂȘves, gardien des limbes, en tous les cas, le chat regimbe.
Il ne vous laisse pas entrer, nul ne peut le déconcentrer ;
Il ne vous laisse pas sortir, nul ne saurait le pervertir.
Il surveille les cimetiĂšres pendant ses neuf vies tout entiĂšres ;
Il protĂšge le secret des tombes et sâil faillit, il y succombe
Il garde lâoubli des caveaux par lâopium des fleurs de pavots
Confiez-lui votre mausolĂ©e, vous nâen serez point dĂ©solĂ©.Illustration de Sabine
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DerniĂšres nouvelles de la montagne

Hier, la montagne tremblait par tous ses pores et ses chemins ;
Lâhiver usait son privilĂšge sur les glaciers et les moraines.
Hier, la forĂȘt ressemblait Ă une peau de parchemin
Aux feuilles brĂ»lĂ©es par la neige et ses troncs noirs comme lâĂ©bĂšne.
Ce matin, changement de cap ; la mode est Ă la renaissance
Et les ruisseaux drainent les terres comme porteurs de bonnes nouvelles.
Lâhiver nâest plus un handicap ; le printemps apporte lâessence
Qui accentue le caractĂšre de GaĂŻa qui se renouvelle.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Coquine Colombine



Une fois par an, au carnaval, vĂȘtue des habits dâarlequin,
Colombine reprend le costume type de la « Comedia dellâarte ».
Elle ne craint aucun rival pour captiver tous les coquins
Attirés, comme de coutume, par son jeu de jambes écartées.
De nature exhibitionniste, Colombine attire son public
En enlevant, lâun aprĂšs lâautre, chaque Ă©lĂ©ment de sa tenue.
De mémoire de contorsionniste, jamais dans notre république
Nâavons vu femme qui se vautre dans une extase soutenue !
Pour terminer, poitrine Ă lâair, les mamelons en turgescence,
Elle vous chante une chanson de sa petite voix fluette.
AprĂšs deux ou trois « trala-lĂšre » qui ont semĂ© lâeffervescence,
Elle rĂ©colte sa rançon dâune rĂ©vĂ©rence dĂ©suĂšte.Tableaux de Nikolai Fedyaev
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Lâamour du cheval



Ainsi parlaient les amazones, directement au corps-Ă -corps,
Enlaçant amoureusement le cou puissant de lâanimal.
Alliées à la flore et la faune auxquelles elles étaient en accord,
Elles vivaient langoureusement lâinstant infinitĂ©simal.
Ainsi flattaient les Ă©cuyĂšres, passionnĂ©ment au cĆur-Ă -cĆur,
Paradant somptueusement avec leurs compagnons équestres.
Les pieds plantĂ©s dans lâĂ©triviĂšre, en mouvements alambiqueurs,
Elles dansaient voluptueusement suivant le rythme de lâorchestre.
Ainsi sincĂšres, les cavaliĂšres unissent lâesprit et leurs Ăąmes,
Sâattachant dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă la vigueur du destrier.
FĂ©minine et animaliĂšre, lâunion alloue tout un programme
Ă lâamour immodĂ©rĂ©ment qui met le pied Ă lâĂ©trier.Tableaux de Peter Mitchev
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Lâamour en mars
Une coccinelle Suisse, troquant sa croix pour un cĆur,
Sâen fut draguer des chĂąssis dans une boĂźte automatique.
Câest autour du self-service, quâelle vit un remorqueur
Qui, avec diplomatie, la baisa Ă lâhelvĂ©tique.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Chat-rades
Chalom, câest pour mieux tâaccueillir ; Chat-pardĂ© pour mieux te cueillir.
In Chat lĂ , câest bien comme ça ; Chat-pristi dans la sacristie.
Chatterton, ça fait plus anglais ; Natascha saura tâĂ©trangler.
Chabidou-bidou-bidou-ha ; tâauras le rythme au bout des doigts.
Chat dâIran ou bien chat persan ; Chat-rit-varie câest bouleversant.
Les chat faux mĂȘme sâils sont vrais ; Chat-y-ment lorsquâils sont livrĂ©s.
Les chats grains dâamour au secours ; Chat châest en tout dernier recours.
Le Chat long sur son édredon aux Chat-rdons demande pardon.
Chat mais seul avec un livre, la suite au prochain Chat-pitre.
Chat-pelle sauf quand on lâappelle ; Chat-moine prie dans la chapelle.
Un Chat-rognard câest pour tout ronger, Chat-sâest-croisĂ© câest pour les congĂ©s.
Les Chats touillent dans la cuisine chez la chatte Ă la voisine.
Nouveau ! Chat-toyant automatique pour Chat-marrer la boutique.
Le chat viré qui fait naufrage dans la Chat loupe et le potage.
Chat-piteau au coin de la rue ; lĂ oĂč jâai garĂ© ma Chat-rue.
Un Chat-lent, câest pas trĂšs rapide ; Chat-rĂȘte, je nâai plus rien Ă dire.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Bienvenue sur Mars
On a bousillĂ© la planĂšte, la preuve : le printemps nây vient plus !
Alors mettons le cap sur Mars, il parait quâil nây neige pas.
De fĂ©vrier, faisons place nette ; bien quâil ait plu, il nâa pas plu !
RĂ©unissons quelques comparses, ensemble pour ce premier repas.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Le vitrail printanier
Ceux qui croient encore au printemps ont besoin de se réunir
Dans un espace hors de lâhiver pour faire monter leur priĂšres.
Et je propose, car il est temps, dâun vitrail sacrĂ© nous munir
Pour demander Ă lâunivers une lumiĂšre printaniĂšre.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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La neige souffée
Ăa va tous vous Ă©poustoufler : on peut transformer les flocons
En oiseaux blancs qui vous emmĂšnent faire un petit tour en manĂšge.
Câest une idĂ©e que mâa soufflĂ©e le Petit Prince de son flacon
Qui contenait, quel phĂ©nomĂšne, de tout petits cristaux de neige.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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En avant, Mars !
Fini le gris de février, debout les gars, en avant Mars !
Aujourd’hui, on fait place au jaune, le printemps nous file un rencard.
Désormais le calendrier, à coup de giboulées éparses,
Avec ses nymphes et ses faunes, remise lâhiver au placard.Faune : divinitĂ© champĂȘtre mi-homme, mi-bouc, chez les romains.
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Quand je me couche
Quand la journée est terminée, mes montagnes sont toujours là ,
Mais elles ont changĂ© leur couleur et mâont changĂ© en profondeur.
Je reste seul, dĂ©terminĂ©, encore une fois, me revoilĂ
Ayant apaisĂ© mes douleurs comme un chevalier pourfendeur.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Quand je me lĂšve
Quand je me lĂšve dĂšs lâaurore pour accueillir le nouveau jour,
Parfois les montagnes sont rouges et jâen ressens leur gravitĂ©.
Nouvelle épreuve unicolore qui revient et revient toujours,
Qui mâapparaĂźt pour que je bouge dans une nouvelle rĂ©alitĂ©.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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DerriÚre chez moi, il y a des vélos
Je dois vous dire quâen HelvĂ©tie, les vĂ©los sont trĂšs Ă©colos
Et se fondent dans la nature ; mon cĆur en est tout en Ă©moi.
Jâen ai vu des pĂ©ripĂ©ties et des spectacles rigolos ;
Ăa semble une caricature mais câest ainsi derriĂšre chez moi !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Les portes de lâunivers
Bien souvent une lumiĂšre sâentrouvre dans mon hiver
Chaque fois que je demande Ă lâesprit de lĂącher prise.
Dans ma petite chaumiĂšre, les portes de lâunivers
Offrent Ă mes petites commandes de merveilleuses surprises.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Le mois des fous
Câest le premier mars, câest le mois des fous,
Le mois des amours et des galipettes.
Avec ma comparse, les autres on sâen fout,
On sâfait des mamours, saperlipopette !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Fous, les oiseaux fous
Ă force de tourner en rond jusquâĂ y perdre notre boule,
à force de mettre au carré les quatre coins de notre monde,
Nous, les oiseaux, deviendrons fous, serons complĂštement maboules,
Si nous nâarrĂȘtons de virer tout autour de la mappemonde !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Demain, le printemps
Explosion de lumiĂšre, tempĂȘte Ă lâhorizon !
Ce premier jour de mars sonne enfin le tocsin.
Des canons du printemps tonnant sur les Grisons
Et la fin de lâhiver en sĂ©rums et vaccins.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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La caravane de mars
AprĂšs avoir traversĂ© le dĂ©sert blanc de lâhiver,
Le caravanier revient pour les beaux jours du printemps.
ChargĂ©e dâor et de soleil et des fruits les plus divers,
La caravane de mars fait la pluie et le beau temps.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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CONTE DE MARS

Quand le soir couvre son domaine de son ombre sur les collines,
Les maĂźtres aiment lever les yeux, parcourir, contempler les terres.
Ils annotent au fil des semaines la progression, la discipline
De bon ton, Ă peine orgueilleux, qui marque x son ministĂšre.
Câest la lumiĂšre qui se condense, la lumiĂšre qui sâobscurcit
Et devient lâĂ©nergie premiĂšre, celle qui rĂ©git la matiĂšre.
Câest la lumiĂšre qui se fait dense, qui ralentit, qui raccourcit
JusquâĂ devenir la charniĂšre de la physique tout entiĂšre.Le voyageur
Le voyageur rassura ses compagnons. Il Ă©tait trĂšs calme et leur parla dâun ton protecteur.
« Ne vous retournez pas. Ne faites pas de geste brusque. Montrez-vous pacifiques. »
Il salua les guerriĂšres en essayant plusieurs langues. LâĂ©change sâĂ©ternisait ; les femmes ne bougeaient pas. Le voyageur leur tendit alors ses mains. Surprises, les femmes se mirent alors Ă parler entre elles. Une langue totalement incomprĂ©hensible pour le voyageur qui, pourtant, en connaissait plusieurs et des plus variĂ©es. Bien quâhermĂ©tique, cette langue inĂ©dite sonnait trĂšs agrĂ©ablement Ă lâoreille. Les sons Ă©taient riches. Une grande utilisation des voyelles. Succession de phonĂšmes des plus graves aux plus aiguĂ«s.
Par gestes, elles dĂ©signĂšrent les Ă©trangers et les invitĂšrent Ă les suivre. Le voyageur incita ses compagnons Ă obĂ©ir. LâĂ©trange communautĂ© marchait dâun pas alerte. Le voyageur en profita pour observer les amazones. Elles Ă©taient Ă peine vĂȘtues. Leur tenue se limitait Ă un pectoral trĂšs joliment dĂ©corĂ© qui retombait sur leurs seins mais sans les cacher. Ensuite une ceinture large oĂč sâaccrochaient couteaux et autres outils Ă premiĂšre vue mystĂ©rieux. Enfin, une culotte de cuir. Une autre ceinture leur barrait le torse en supportant, dans leur dos, un carquois admirablement dĂ©corĂ© lui aussi. Pour terminer leur Ă©quipement, des bottes de peau, trĂšs efficaces, leur permettaient des enjambĂ©es sĂ»res et prĂ©cises. Chaque femme Ă©tait dâune grande beautĂ©. Elles paraissaient Ă la fois fiĂšres et farouches entre elles ; pourtant, lorsquâelles sâadressaient aux Ă©trangers, il y avait comme de la douceur dans leurs regards.
AprĂšs une heure de marche, ils arrivĂšrent au village. DâaprĂšs la position du soleil, il se situait sur la rive opposĂ©e de lâĂźle. Aux alentours du village, des jeunes hommes et des jeunes filles riaient ensemble sur la plage. Dâautres sâĂ©lançaient avec beaucoup de gaĂźtĂ© dans les vagues. Leurs vĂȘtements de plage se rĂ©duisaient au strict minimum : ils Ă©taient nus.
Le soleil commençait Ă se coucher. Ă lâest Ă©videmment. Lorsquâils eurent atteint le centre du village, une trĂšs vieille femme sâapprocha dâeux. Elle avait dĂ» ĂȘtre trĂšs belle autrefois car son visage reflĂ©tait toujours une intelligence juvĂ©nile. De plus, son corps, bien que ridĂ©, conservait encore des proportions honorables. Elle se rapprocha des Ă©trangers un par un. Lorsquâelle fut devant le voyageur, elle parla avec les mĂȘmes mots mĂ©lodieux que ses guerriĂšres ; malheureusement toujours incomprĂ©hensibles pour le voyageur. Par gestes, la vieille dame les invita Ă la suivre dans une grande hutte tapissĂ©e de nattes. Tous sâassirent en cercle. On commença Ă faire circuler des plateaux de fruits acides avec des coquillages. Le tout agrĂ©mentĂ© par une boisson translucide, laiteuse au goĂ»t doux-amer qui sâalliait trĂšs bien avec le plat. Cela Ă©tant, les plats sâenrichirent de poissons trĂšs variĂ©s aux saveurs subtiles. La boisson avait, alors, une autre teinte, toujours laiteuse et translucide mais au goĂ»t un peu plus lĂ©gĂšrement salĂ© et acide. Mais le mariage avec les plats Ă©tait toujours aussi rĂ©ussi. De remarquables sommeliĂšres pensait le voyageur.
Tandis quâils mangeaient, de magnifiques danseuses se placĂšrent au centre du cercle et saluĂšrent respectueusement la vieille femme que toutes considĂ©raient comme leur chef. La danse dĂ©buta par des mouvements qui avaient plus lâair de mouvements de gymnastique que de danse. Beaucoup de mouvements abdominaux et pectoraux. BientĂŽt, chaque guerriĂšre se leva et participa au rituel. Elles chantaient Ă bouche fermĂ©e. Le voyageur comprenait Ă prĂ©sent la raison de leurs ventres plats et musclĂ©s ainsi que leurs poitrines galbĂ©es et fermes. Cependant, il remarqua quâil nây avait pas dâhommes Ă part eux-mĂȘmes dans lâenceinte. Pourtant, il en avait vu avant de pĂ©nĂ©trer dans le village. Ătaient-ils mis Ă lâĂ©cart ? NâĂ©taient-ils pas concernĂ©s par la rĂ©union ? Sans langage commun, ses questions resteraient sans rĂ©ponse.
Lorsque les danses furent terminĂ©es, la nuit Ă©tait entamĂ©e depuis longtemps. La cheftaine se leva et sâadressa Ă lâune de ses guerriĂšres. Celle-ci vint vers les Ă©trangers et leur fit signe de la suivre. Elle Ă©tait trĂšs belle. Elle les conduisit Ă une hutte assez grande pour quatre personnes et tapissĂ©e de nattes et de coussins moelleux. Elle leur dĂ©signa les emplacements par des mouvements de ses mains en montrant chacun des compagnons. Durant tout ce laps de temps, le voyageur la contemplait. Jamais il nâavait vu femme si belle. Il se rapprocha dâelle. Posa sa main sur sa propre poitrine puis, sur celle de la femme. Il mit ensuite ses doigts sur sa bouche et lui tendit la main en lui souriant. La jeune guerriĂšre fut surprise. La pointe de ses seins se durcit et rĂ©vĂ©la au voyageur un dĂ©sir naissant. Elle lui prit alors la main et lâemmena avec elle laissant les trois marins sâinstaller ensemble.
Un Ă©clair dans la nuit. Une pluie trĂšs fine dâabord puis, dure, soutenue et enfin, lâorage. Durant toute la nuit la pluie tomba comme pour bercer la contrĂ©e et ses habitants. Ou, peut-ĂȘtre, pour les prĂ©parer.
La nuit fut douce pourtant pour le voyageur et sa compagne. Leurs caresses rythmaient les Ă©lans de lâorage. Leurs baisers sâaccordaient avec les Ă©clairs incandescents. Leurs langages respectifs sâĂ©taient effacĂ©s devant leur amour constructif. Ils sâaimĂšrent et vĂ©curent leur nuit de tempĂȘte comme leur nuit de noces. La nuit Ă©tait Ă©ternelle. Leur amour Ă©tait Ă©ternel. Ils se sentaient unis devant le dieu du temps. Devant le temps, tout simplement.
Aux premiers instants de lâaube, elle sâĂ©veillĂąt. Elle caressa le corps de son compagnon afin quâil partageĂąt, avec elle, les premiĂšres heures avant le lever du soleil. Alors, tous les deux se dirigĂšrent vers la plage et se baignĂšrent dans lâeau glacĂ©e de la nuit. Leurs corps ruisselants, ils sortirent de lâeau et rĂ©chauffĂšrent leur corps lâun contre lâautre. Le voyageur prit sa bien-aimĂ©e dans ses mains, lâembrassa et commença, dâabord par gestes puis, par son cĆur Ă communiquer avec elle. Main dans la main, ils sâĂ©loignĂšrent. Lâapprentissage commençait.
Toute la journĂ©e durant, le voyageur et sa compagne explorĂšrent les environs. Ils nommaient les objets, les animaux, les personnes quâils rencontraient. Le voyageur apprenait. Il commença quelques phrases. Un mot, dâautres mots. Un verbe, dâautres verbes. Une phrase, dâautres phrases. Son amie le corrigeait, lâapprouvait, lâencourageait. Lorsque le soleil marqua la fin du jour, il conversait avec les habitantes du village qui Ă©taient trĂšs communicatives.
Il retrouva ses compagnons pour le dßner. Ils étaient heureux de le retrouver.
« Alors voyageur ? » sâenquit le capitaine « OĂč Ă©tais-tu passĂ© ? Quâas-tu appris ? »
Le voyageur les rassura. « Jâai appris leur langage. Leur langue est trĂšs intuitive. Elle utilise beaucoup les voyelles et chacune dâelle possĂšde un sens trĂšs particulier. Par exemple le O est masculin et la A fĂ©minin. Ainsi OMO dĂ©signe lâhomme et AMA la femme. Les enfants sont appelĂ©s EME ; le garçon EMO et la fille EMA. Le son OU dĂ©signe ce qui est petit et ce qui est en bas ; le I ce qui est grand et ce qui est en haut. Le Ă et le Ă Ă droite et Ă gauche. Le U vers lâavant ; le AU vers lâarriĂšre. Les phrases sont courtes. Sujet, verbe, complĂ©ment. LimitĂ©es Ă lâessentiel. Parfois seul le nom suffit, ou le verbe. Si le complĂ©ment est important, il se place, seul, dans la phrase. Le vocabulaire est trĂšs logique et sâapprend trĂšs facilement. Cela ne ressemble ni Ă du latin ni Ă du grec ni Ă aucune autre langue connue. Pourtant, il y a comme des consonances voisines. En une seule journĂ©e, bien que jâaie encore des perfectionnements Ă accomplir, jâai acquis suffisamment de connaissances pour pouvoir dialoguer et communiquer avec nos hĂŽtes. Câest mĂȘme trĂšs Ă©trange. Je crois mĂȘme pouvoir avancer que cet apprentissage rapide nâest pas une coĂŻncidence. Ă mon avis, il a Ă©tĂ© créé artificiellement afin que chacun puisse trĂšs rapidement communiquer les uns avec les autres. Demain, ce sera votre tour. Puis, vous irez chercher le reste de lâĂ©quipage que nous formerons Ă leur tour. Maintenant que nous pouvons Ă©changer nos idĂ©es, je suis persuadĂ© que la lumiĂšre sur notre prĂ©sence et sur lâĂ©trangetĂ© de lâĂźle va ĂȘtre dĂ©voilĂ©e. »
Le capitaine et les deux matelots furent apaisĂ©s par les paroles du voyageur. Ils mangĂšrent tous ensemble. Comme la veille, des danses et des chants succĂ©dĂšrent au repas. Vers le milieu de la nuit, la belle guerriĂšre prit la main du voyageur et lâentraĂźna au dehors dans la nuit. La lune existait aussi dans ce monde. Elle irradiait la plage. Lâamour faisait partie de lâapprentissage.
Au matin, le voyageur eut un entretien avec le capitaine. Celui-ci consultait ses cartes de marine et cherchait Ă trouver la position de lâĂźle. « Voulez-vous faire une expĂ©rience, capitaine ? Prenez quelques hommes dâĂ©quipage avec vous et mettez le cap plein nord. Naviguez un jour ou deux, pas plus et revenez. LâexpĂ©rience devrait nous donner une indication trĂšs intĂ©ressante et de la plus haute importance. » Le capitaine discerna lĂ lâoccasion dâentretenir le moral des hommes dans lâaction. « Lâaction calme les nerfs et soulage la conscience » disait souvent ma mĂšre, souligna le capitaine. Les provisions Ă©tant toujours Ă bord, ils purent partir aussitĂŽt. Ils quittĂšrent la crique et partirent droit devant eux. Le voyageur regarda longtemps le navire atteindre lâhorizon. « Nous serons peut-ĂȘtre fixĂ©s dâici demain » pensa-t-il.
Le lendemain, vers midi, un navire fut aperçu Ă lâhorizon devant le village. Ă lâopposĂ© de la crique dâoĂč Ă©taient partis les marins. Il sâapprochait lentement. Lorsque la chaloupe fut mise Ă la mer et que le capitaine accosta sur la plage, le voyageur lâapostropha : « Droit devant sans dĂ©vier du cap, capitaine ?
– Droit devant plein nord, voyageur ! Soit nous avons tournĂ© en rond bien quâayant lâĆil fixĂ© sur la boussole, soit ?
– Soit le nord nâest pas ce quâil paraĂźt ĂȘtre » rĂ©pliqua le voyageur. »
Il convenait, dĂ©sormais, dâexplorer lâĂźle. Un magnĂ©tisme formidable les avait conduits dans ce lieu. Toute tentative pour lâĂ©viter Ă©tait, de toute Ă©vidence, impossible. Il fallait donc aller de lâavant. Il fallait aller au plus profond de lâĂźle mystĂ©rieuse et dĂ©couvrir son secret.
« Quây a-t-il au centre ? » demanda le voyageur aux guerriĂšres. Personne ne rĂ©pondit. Il posa Ă nouveau la question Ă celle quâil avait choisie. Elle Ă©tait nerveuse et agitĂ©e. Cependant, par amour pour le voyageur, elle le conduisit vers la hutte de la cheftaine du village.
Lorsquâils atteignirent la maison, la cheftaine les attendait sur le seuil de la porte. Elle connaissait dĂ©jĂ la question qui brĂ»lait les lĂšvres du voyageur. Avant quâil ait pu sâexprimer, elle fit un geste sur ses lĂšvres pour rĂ©clamer le silence. Elle paraissait Ă la fois ennuyĂ©e, dĂ©terminĂ©e mais soulagĂ©e.
« Venez avec moi, tous les deux » ordonna-t-elle au voyageur et sa compagne. « Nous attendions votre venue depuis trĂšs longtemps. Câest un trĂšs grand honneur pour moi de reprĂ©senter mon peuple. Et câest un grand honneur que tu ais choisi ma fille pour tâaccompagner. »
Ils entrÚrent et la porte se referma.Le conquérant
Le conquérant se leva. La princesse endormie avait une respiration calme et profonde.
Il sortit pour profiter des premiĂšres heures nouvelles de lâaube. MalgrĂ© tout ce qui sâĂ©tait passĂ© la veille et pendant la nuit, il Ă©tait parfaitement reposĂ©. Il fit quelques pas au dehors, marcha, traversa la place. Il aimait marcher et sentir sous ses pas le terrain. Il entendit hennir. Il sâapprocha des Ă©curies. LĂ beaucoup de palefreniers Ă©taient affairĂ©s. Les boxes Ă©taient dâune propretĂ© remarquable ; les chevaux soigneusement brossĂ©s et alimentĂ©s avec soin. Il reconnut leurs montures et caressa affectueusement le cou de chaque animal. Il leur parla aussi. On sâoccupait dâeux avec beaucoup dâattention autant que tous les autres reprĂ©sentants du cheptel. Il Ă©changea quelques mots dâestime avec les garçons dâĂ©curies. Ils lui offrirent du thĂ©. Il but avec eux et sortit rassĂ©rĂ©nĂ©.
Lorsquâil revint Ă son appartement, la fille Ă©tait partie. Il se dirigea vers la piĂšce dâeau et se lava minutieusement. Une fois rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et rasĂ© de frais, il alla directement Ă la salle Ă manger. La princesse Ă©tait lĂ . Elle se leva en lui souriant et lâinvita Ă sâasseoir Ă ses cĂŽtĂ©s. Le dĂ©jeuner sentait trĂšs bon et le conquĂ©rant se sentait en appĂ©tit.
DĂšs quâils eurent terminĂ© leur dĂ©jeuner, ils sortirent ; laissant leurs compagnons Ă table. Lorsquâils furent dehors, ils Ă©taient silencieux. La fille ne parlait pas. Elle Ă©tait furtive, Ă©nigmatique. Silencieusement, elle le ramena aux Ă©curies. Ils sellĂšrent leurs chevaux et fondirent dans la brume matinale. Lâair Ă©tait frais. Le conquĂ©rant apprĂ©ciait cet air glacĂ© qui lui cinglait les joues. Il apprĂ©ciait Ă©normĂ©ment sa monture, le choc des sabots, la plaine dĂ©serte. Sa compagne, toujours mystĂ©rieuse, galopait devant lui. Il la suivait de prĂšs. Elle nâavait pas eu besoin de lui expliquer ni de le convaincre. Elle avait un dessein trĂšs prĂ©cis. Il savait que son offrande de la nuit avait eu pour but de les rapprocher tous les deux. Elle avait besoin dâun homme, dâun Ă©tranger, dâun conquĂ©rant. Apparemment, elle nâavait pas trouvĂ© chez ses congĂ©nĂšres lâĂ©lu de son choix. Tout en courant Ă travers le dĂ©sert engourdi, il savait quâelle lâavait attendu, quâelle lâavait trouvĂ©, quâelle allait lâemmener vers sa destination. Il Ă©tait fier dâelle. Ămu et honorĂ© dâavoir ce rĂŽle. Il Ă©tait prĂȘt et se sentait Ă la hauteur.
Ils arrivĂšrent devant la grotte. De loin, on apercevait tout dâabord un monticule, comme une petite colline. Puis, le sol sâincurvait lĂ©gĂšrement et, Ă la base, on distinguait une ouverture.
Le gouffre Ă©tait imposant, majestueux. On ne distinguait rien dans ses tĂ©nĂšbres. La princesse lui en fit la dĂ©monstration. Elle lança un gros morceau de rocher. Ils se firent silencieux. Rien. Pas un son, pas un bruit. Elle embrasa une torche et la lança de la mĂȘme maniĂšre. Ils se firent attentifs. Ils virent la lumiĂšre de la torche devenir de plus en plus petite, de plus en plus lointaine jusquâĂ ce quâil fut impossible de la distinguer parmi les tĂ©nĂšbres.
La princesse parla : « Selon nos lĂ©gendes, les dieux habitaient au fond du gouffre. Fond qui Ă©tait impossible Ă atteindre pour les hommes mortels. Il y eu mĂȘme, il y a trĂšs longtemps, des sacrifices humains. Des prĂȘtres et prĂȘtresses prĂ©cipitaient des jeunes hommes et des jeunes filles pour lâadoration des dieux. CâĂ©tait il y a longtemps, trĂšs longtemps. De nos jours, il nây a plus de crainte et le culte a disparu. En revanche, nous avons tous un respect pour cet endroit. Nous ne croyons plus que les dieux demeurent au fond de lâabĂźme mais nous pensons que, si les dieux rĂ©sident quelque part sur la terre, alors, câest sĂ»rement ici. »
Le conquĂ©rant rĂ©flĂ©chissait rapidement. « Des cordes seront inutiles, câest trop profond et le poids de chaque corde sera au-delĂ de leur propre rĂ©sistance. Non, il nous faudrait un vaisseau, un radeau des airs. Une montgolfiĂšre ! Rentrons ! Jâai besoin de mâentretenir avec mes compagnons. »
Ils enfourchĂšrent leur monture et revinrent au galop vers le village. Le cĆur de la princesse battait trĂšs fort dans sa poitrine. Elle avait trouvĂ© son hĂ©ros.
Lorsquâils revinrent au village, il convoqua ses compagnons et leur proposa son entreprise. Lâhomme de science se mit aussitĂŽt Ă Ă©tudier les plans de leur vaisseau. LâĂ©cologiste composait la liste de lâĂ©quipement Ă emporter tandis que le commandant, mĂ©thodiquement, inspectait les armes. Le chef du village proposa trois de ses meilleurs guerriers. Il voulait, avant tout, protĂ©ger sa fille et, ensuite, compter sur ses propres observateurs.
La confection de la montgolfiĂšre prit plusieurs jours. Dâabord, il fallut concevoir la taille et la forme de lâenveloppe. Ensuite la fabriquer avec les moyens quâoffrait le village. Puis, ils durent imaginer et Ă©chafauder la nacelle. Enfin la puissance des brĂ»leurs, les contrepoids, le lest.
Une lune sâĂ©tait passĂ© lorsquâun Ă©trange convoi arriva auprĂšs de la grotte. Les chariots chargĂ©s de matĂ©riaux insolites se groupĂšrent. Les passagers sâaffairĂšrent longtemps. Chacun Ă sa tĂąche, chacun travaillant dâensemble.
Au matin, un navire singulier sâĂ©tait dressĂ©. La technologie employĂ©e semblait dĂ©fier les lois de la nature. Lâenveloppe Ă©tait sphĂ©rique. Au-dessous, la nacelle accueillait huit passagers. Sur chacun des quatre flans, des gouvernails orientables, et articulĂ©s entre eux, permettaient des manĆuvres prĂ©cises dans les trois dimensions. Pourvus de brĂ»leurs faisant office de rĂ©acteurs actifs, ils procuraient une navigation dynamique. Un brĂ»leur principal Ă©tait recentrĂ©, canalisĂ© vers lâenveloppe. CâĂ©tait la poussĂ©e principale vers le haut. Pour descendre, le calcul avait Ă©tĂ© trĂšs difficile. On avait imaginĂ© un systĂšme statique de poids et de lests pour faire chuter la montgolfiĂšre pas trop vite ni trop lentement. Tout en tenant compte de lâaccĂ©lĂ©ration de la pesanteur. En cas de danger, un lien de sĂ©curitĂ© permettait de se sĂ©parer instantanĂ©ment du poids de lestage et, ainsi, de remonter le plus vite possible. Les gouvernes latĂ©rales dĂ©tenaient la responsabilitĂ© de la descente rectiligne.
Lorsque tout fut prĂȘt, les quatre compagnons et la fille du chef escortĂ©e par les trois guerriers dĂ©signĂ©s Ă©taient Ă bord. Au moyen de cordes, la montgolfiĂšre fut amenĂ©e au centre du gouffre. Puis, aprĂšs un salut solennel Ă lâassistance, les amarres furent ĂŽtĂ©es.
« Le domaine des dieux nous est ouvert ! » clama le conquérant tandis que le vaisseau fantastique commençait sa descente.
Il faisait froid. TrĂšs froid. Heureusement, parmi la charge Ă©taient prĂ©vus des vĂȘtements chauds. Ils sâempressĂšrent de les revĂȘtir et allumĂšrent les lampes. La nuit Ă©tait, maintenant, totale. Les parois rocheuses dĂ©filaient devant le radeau des airs. Le paysage monotone continua durant des heures et des heures. Nâayant rien dâautre Ă faire, ils sortirent leurs provisions et entamĂšrent leur premier repas aĂ©ronautique tout en devisant. Quâallaient-ils trouver au terme de la descente ? Et pendant ? Avaient-ils prĂ©vus suffisamment de provisions ? Ils se retrouvaient un peu comme le jour dâavant leur dĂ©part. Leurs montres marquaient le soir tandis que le paysage de tĂ©nĂšbres continuait sempiternellement.
« Montons la garde Ă tour de rĂŽle et dormons ! Il vaut mieux prĂ©server nos forces pour lâinattendu si toutefois il se montre demain. » Le conquĂ©rant, par ses ordres, clĂŽtura les derniĂšres conversations de la journĂ©e. Tous Ă©taient fatiguĂ©s. Ils baissĂšrent les lampes, laissant la derniĂšre Ă la sentinelle puis, ils sâendormirent.Le maĂźtre
Le maĂźtre parcourut des yeux le tour de la table. Il marqua une pause sur chaque regard de ses frĂšres et sĆurs. Il se leva, alla vers les fenĂȘtres qui donnaient sur lâentrĂ©e du domaine. Il vit les lumiĂšres.
« Je crois que nos visiteurs sont arrivés. »
Il revint Ă la table et sâexpliquĂąt : « Comme je vous en ai averti, nous savons que des voyageurs Ă©trangers Ă notre civilisation se rapprochent. Ils sont tout prĂšs. Avec lâaide de plusieurs mĂ©diums dont je vous ai parlĂ© prĂ©cĂ©demment, jâai pris lâengagement pour nous tous dâinviter leurs reprĂ©sentants. Jâai reçu une rĂ©ponse positive qui mâindiquait la date dâaujourdâhui. Vous comprenez, Ă prĂ©sent, pourquoi jâai Ă©tĂ© si exigeant quant Ă votre prĂ©sence ce soir. Il fallait que nous soyons tous rĂ©unis. Ah ! Je crois quâils sont lĂ . »
Quatre visiteurs franchissaient le seuil de la maison escortĂ©s par les serviteurs. Ils portaient un large habit noir comme pour dissimuler leurs traits. Lâun dâeux portait un coffret. Ils entrĂšrent et se postĂšrent, alignĂ©s, devant le maĂźtre. Le dernier des visiteurs dĂ©posa son coffret Ă mĂȘme le sol. Lentement, une lumiĂšre monta du coffret et illumina la grande salle. Ensuite, la lumiĂšre se densifia et revĂȘtit une forme humanoĂŻde. La forme avait de grandes proportions. Gigantesque. Elle semblait faire dans les quatre mĂštres de haut. La forme sâintensifia. Elle se concrĂ©tisa.
Le personnage Ă©tait bien visible, maintenant. Sa couleur dominante Ă©tait dâun violet trĂšs pale et trĂšs lumineux Ă la fois. Une voix surgit.
« Je vous salue tous, chacun, les uns et les autres, hommes et femmes. Nous avons Ă©tĂ© sensibles Ă votre appel. Nous sommes venus car nous savons que vous ĂȘtes prĂȘts Ă nous entendre. Soyez remerciĂ©s et louĂ©s pour la beautĂ© et la puretĂ© de vos cĆurs. »
Le maĂźtre avait regagnĂ© sa place mais Ă©tait restĂ© debout, respectueux. Il se rapprocha de lâĂȘtre tout en se maintenant Ă distance.
« Qui ĂȘtes-vous ? » demanda-t-il avec une curiositĂ© mĂȘlĂ©e dâadmiration et dâun profond respect.
« Nous sommes issus de vous-mĂȘme ; bientĂŽt ; un jour lointain ; ailleurs ; dans une autre dimension. Nous ne sommes pas des dieux bien que nous pourrions, sans difficultĂ©, montrer une supĂ©rioritĂ© par rapport Ă lâĂ©volution actuelle de la terre. Mais en rĂ©alitĂ©, nous ne sommes pas supĂ©rieurs Ă vous. Pas plus quâun fils est supĂ©rieur Ă son pĂšre, pas plus que le premier maillon dâune chaĂźne est supĂ©rieur au dernier. Nous faisons partie, comment dire, dâun meilleur tirage, dâun meilleur choix, dâune meilleure combinaison bien avant la vĂŽtre. Simplement avant la vĂŽtre. » Il souligna Ă©tonnamment ce mot. « Voyez-vous, lâInfini a concrĂ©tisĂ© son amour et a créé un monde limitĂ©. Ce fut lĂ le premier miracle de la vie. De ce monde parfaitement limitĂ©, toutes formes de vie se sont dĂ©veloppĂ©es. Certaines plus vite que les autres ; certaines ont terminĂ© leur cycles ; dâautres se sont organisĂ©es. Sur des milliards et des milliards dâannĂ©es, certaines vies ont, les premiĂšres, trouvĂ© la bonne combinaison, la meilleure voie. Et ainsi de suite. Nous sommes actuellement, les descendants de ceux qui ont trouvĂ© leur Ă©volution bien avant vous. Mais nous veillons aussi sur vous. »
Chacun des membres de la confrĂ©rie sâĂ©tait levĂ© et avait rejoint leur maĂźtre-compagnon. Ils sâĂ©taient tous placĂ©s autour de lâĂȘtre de lumiĂšre. Chacun le voyait pleinement. Comme si les perspectives du monde rĂ©el sâĂ©tait, pour un bref espace de temps, estompĂ©es.
« Que nous proposez-vous ? » demanda le maßtre.
« Notre aide ! » rĂ©pondit lâhumanoĂŻde gĂ©ant.
« Votre monde est plongĂ© actuellement dans le plus grand flĂ©au de lâhumanitĂ©. Dans votre histoire, les hommes se sont battus pour la nourriture dâabord, ensuite ils se sont battus pour les territoires de chasse puis, ils se sont battus pour leur dieux. Aujourdâhui, ils continuent encore. ParallĂšlement, ils ont créé de leurs mains le symbole de leur puissance. Lâargent. Et tout cela, vous le savez dĂ©jĂ . Votre confrĂ©rie connaĂźt dĂ©jĂ toutes ces informations et vous avez suffisamment grandi pour en ĂȘtre complĂštement dĂ©tachĂ©s. En revanche, lâhumanitĂ© sây enlise et ses forces ne sont pas suffisantes pour lâen extirper. Câest la raison pour laquelle je vous propose notre aide.
En ce qui concerne les questions que vous vous posiez, sachez que nous avons cachĂ© la stĂšle de la connaissance dans un repli du monde inaccessible. La coĂŻncidence pour lâatteindre existe sur des milliards de combinaisons. Cette stĂšle dĂ©voile lâorigine de la race humaine ainsi que son devenir. Nous lâavons dissimulĂ© pour Ă©viter que cela enflamme le feu des religions de la terre et ne provoque une croisade multiple.
La table dâĂ©meraude est le passage que nous utilisions autrefois pour aller et venir dans votre monde. Elle est aussi trĂšs dangereuse pour vous. Celui qui emprunte sa voie devient maĂźtre des dimensions. MaĂźtre du temps, maĂźtre de lâespace, maĂźtre du monde. En revanche, il perd son humanitĂ© et ne peut revenir en arriĂšre. Nous avons enfoui la table dâĂ©meraude dans les profondeurs et dans le feu de la terre afin quâelle ne soit plus employĂ©e.
Les perturbations du temps sont dues au passage dâun homme de votre race. Il a acceptĂ© de franchir les limites du monde pour rechercher lâamour et revenir sur terre porteur de la puissance de lâamour. Il est parti en Ă©claireur. Il reviendra porteur de lumiĂšre.
Votre rĂŽle sera dâobserver les Ă©vĂšnements liĂ©s Ă la stĂšle ainsi quâĂ la table dâĂ©meraude. Votre rĂŽle sera, Ă©galement, dâaccueillir le retour du porteur de lâamour.
Mais pour lâinstant, nous vous invitons Ă un baptĂȘme particulier pour chacun de vous, tous ensembles. Nous allons vous montrer les coulisses de lâunivers. »
Tandis quâil parlait, les quatre visiteurs avaient Ă©rigĂ© une arche lumineuse. Une arche Ă lâarchitecture qui semblait dĂ©fier les lois de la physique. Les arcs semblaient partir dans des directions opposĂ©es tout en se rĂ©unissant au sommet. Ils paraissaient flotter dans lâair tout en Ă©tant reliĂ©s au sol par de solides piliers.
LâĂ©trange personnage se positionna au centre de lâarche.
« Venez, hommes et femmes de la Terre ! Venez et soyez les témoins ! »
Les douze confrĂšres entrĂšrent dans lâarche. Les quatre visiteurs repliĂšrent alors lâespace de celle-ci. Il nây eut alors plus rien. La grande piĂšce sâĂ©tait vidĂ©e de ses occupants. Seul le souffle du vent au-dehors Ă©tait perceptible.Le sage
Le sage Ă©tait heureux. Il Ă©tait arrivĂ© nu dans ce nouveau monde, comme un enfant, et chacune de ses rencontres lâavait habillĂ© de lumiĂšre, dâeau, de feu, de terre et dâair. Il se sentait comme une nouvelle crĂ©ation.
Le haut personnage parla alors : « Je suis le passeur. Mon devoir est de te faire traverser les diffĂ©rents mondes jusquâĂ ta destination. JâĂ©tais lĂ lorsque tu as quittĂ© ton apparence humaine et charnelle. Tu ne pouvais me discerner car jâĂ©tais sur une vibration diffĂ©rente du monde des humains. Pourtant, câest moi qui ai accueilli ton corps spirituel et qui lui ai fait franchir la frontiĂšre. Le passage nâĂ©tant pas matĂ©riel, tu nâas vu que des lignes dâĂ©nergies, des cordes cosmiques. Les coulisses de la crĂ©ation. Lorsque nous sommes arrivĂ©s sur le premier monde, ton Ăąme Ă©tait celle dâun enfant ; câest pourquoi les trois premiers anges sont des enfants. Ils sont lĂ pour te faire rire et pour rĂ©jouir ton cĆur dâenfant. Ensuite je tâai amenĂ© sur le deuxiĂšme monde. Les quatre anges qui se sont occupĂ©s de toi sont des femmes mĂšres. Ensemble et diffĂ©remment elles tâont accouchĂ©. Les quatre Ă©lĂ©ments que tu as traversĂ©s tâont donnĂ© un nouveau corps, une vision neuve, un cĆur nouveau, une enveloppe nouvelle, un souffle nouveau. Maintenant, tu vas pouvoir jouir de la vie de ton nouveau corps. Nous entrons Ă prĂ©sent dans le troisiĂšme monde. Continue le chemin ; nous nous reverrons au bout. »
Le passeur salua le sage et sâen fut.
Le chemin Ă©tait simple. Ni rocailleux ni en pente, ni encombrĂ©. Il allait tout droit. Tout droit vers lâinfini. Ni paysage, ni dĂ©tail ne permettait de distinguer lâavancĂ©e du marcheur. Au fur et Ă mesure quâil marchait, le chemin se fondait de plus en plus avec la clartĂ© de la lumiĂšre. BientĂŽt on nây vit plus rien. Que de la lumiĂšre, sans repĂšre. Comme un aveugle pour qui les tĂ©nĂšbres auraient Ă©tĂ© lumiĂšre totale. Pourtant, le sage ne craignait pas le vide. Il ne craignait pas de se perdre non plus. Il continuait Ă avancer. Le passage dans ce nĂ©ant lui semblait un bain purificateur.
Dans un temps Ă©tirĂ© au-delĂ de la foi de celui qui marche, des couleurs se dessinĂšrent. Dâabord fluides, mĂ©langĂ©es puis, sĂ©parĂ©es et enfin ordonnĂ©es. Enfin, le chemin de lumiĂšre devint couleurs.
Les couleurs continuĂšrent Ă changer et le chemin devint enfin rouge. Il invita le sage Ă lâemprunter. Au bout du chemin, il y avait une maison rouge. Sur le seuil de la maison, une femme aux cheveux rouges. Elle le fit entrer. La porte se referma sur lui.
Lorsquâil fut Ă lâintĂ©rieur, Rouge nâĂ©tait plus lĂ . Pourtant toute la maison transcendait sa prĂ©sence. La piĂšce oĂč il se trouvait Ă©tait chaude et plongĂ©e dans la pĂ©nombre. Il lui semblait entendre des sons, de la musique, des voix Ă©touffĂ©es. Au centre, il y avait une sorte de nacelle sous lâarc voĂ»tĂ© de la salle. Il sây assit, sây coucha et sâendormit profondĂ©ment. Pendant quâil dormait, il entendait les battements du cĆur de la maison. Il en Ă©tait bercĂ©. Il sâadaptait. Il ne pensait pas ; il ressentait tout simplement. Il Ă©tait reliĂ© Ă sa maison ; il Ă©tait reliĂ© Ă la vie. Lorsquâil comprit sa rĂ©alitĂ©, il sâĂ©veilla. Il Ă©tait au dehors.
La femme Orange le berçait doucement. Elle lui chantonnait une chanson dâamour. Il Ă©tait bien avec elle. Elle Ă©tait sa protectrice. Il avait faim. Elle lui offrit des fruits. Le premier avait la douceur du lait maternel, le deuxiĂšme la consistance des soupes de la terre, le troisiĂšme lâaciditĂ© du feu, le quatriĂšme la lĂ©gĂšretĂ© de lâair. Il savoura le moment de sa premiĂšre enfance. Ensuite, il grandit.
Quand tout devint jaune, il vit dâabord son reflet Ă cĂŽtĂ© de lui qui le secouait. Comme une image de lui-mĂȘme, il lui courait autour. Jaune, comme une sĆur jumelle riait et courait. Elle Ă©tait joyeuse. EntraĂźnante. Un sourire dâamour se dessina sur ses lĂšvres et dans son cĆur. Il prit la main tendue de sa sĆur et se laissa guider. Instant dâamour fraternel. Ils couraient, tous les deux, dans les chemins. Elle Ă©tait espiĂšgle, elle Ă©tait farceuse, elle jouait beaucoup. Et lui aussi. Ils sâamusĂšrent et rirent aux Ă©clats dans la pleine lumiĂšre dâun jour ensoleillĂ©.
Plus tard, ils continuaient Ă marcher dans les prairies. Verte avait relayĂ© Jaune. Les jeux et la complicitĂ© avaient apportĂ© un amour de sĂ©rĂ©nitĂ©. Ils Ă©taient ensemble. Ils se sentaient lâun lâautre. La verdure du paysage Ă©clairait leur cĆur dâune amitiĂ© ouverte. Ils marchĂšrent tout lâaprĂšs-midi se tenant la main ; partageant chaque instant de dĂ©couverte. Il faisait chaud. Ils avaient soif.
Au travers des arbres, ils aperçurent dâabord des reflets bleus. Une ligne imaginaire qui approfondissait lâhorizon. Puis, se dessinĂšrent des berges et des baies ombragĂ©es. Bleue lâavait patiemment attendu. Le lac bleu Ă©tait accueillant. Ils se dĂ©vĂȘtirent et plongĂšrent ensemble. Dâabord des cris enthousiastes. Puis la joie de nager et de se sentir faire corps avec lâeau. Ensuite la bĂ©atitude dâĂȘtre ensemble dans lâeau. Ils se rapprochĂšrent lâun de lâautre et connurent lâextase de vivre en harmonie.
Lorsquâils sortirent de lâeau, la couleur du temps avait changĂ©. Une heure aprĂšs lâheure ; juste aprĂšs. Indigo Ă©tait silencieuse. Elle nâavait plus besoin de mots ni de paroles. Dans la clartĂ© indigo du crĂ©puscule, ils se regardĂšrent, Ă©changĂšrent leurs vĆux ; ils Ă©taient lâun pour lâautre. Ils nâespĂ©raient rien dâautre que de vivre Ă nouveau avec une ouverture lâun Ă travers lâautre.
Violette lâaimait. Le soir les avait recouvert lorsque, enlacĂ©s, ils sâoffraient mutuellement leurs Ăąmes, leurs corps, leurs esprits. La nuit Ă©tait violette. Elle les recouvrit tous les deux.
Blanche Ă©tait lâaube. Blanche Ă©tait la lumiĂšre. Blanche Ă©tait lâĂąme du sage. Il avait acquis une nouvelle dimension. Blanche sâĂ©tait fondue en lui. Son cĆur sâĂ©tait ouvert Ă son Ăąme sĆur ; son Ăąme sĆur sâĂ©tait ouverte Ă lui, sâĂ©tait offerte Ă lui, sâĂ©tait donnĂ©e Ă lui. DĂ©sormais, ils Ă©taient deux. Ils Ă©taient heureux, ils sâĂ©taient retrouvĂ©s, ils Ă©taient unis, Ils Ă©taient un.
Le passeur Ă©tait lĂ . Toujours grand, toujours imposant, toujours dĂ©terminĂ©. Mais fier. Non pas fier de lui-mĂȘme. Il Ă©tait fier de celui quâil avait accompagnĂ©, il Ă©tait fier de celui quâil allait emmener vers sa nouvelle terre.
« Ne crains rien ! » lui dit-il en le tenant fermement. « Je dois te maintenir car, Ă prĂ©sent, le feu va tâĂ©purer. »
Ils arrivĂšrent auprĂšs dâune source qui se dĂ©versait dans un bassin trĂšs profond. Il le saisit par les pieds et lâimmergea complĂštement. Dans le bassin, le sage se rĂ©alisa aussitĂŽt. Il nâĂ©tait plus homme ni chair ni mĂȘme vie, il Ă©tait un ĂȘtre de lumiĂšre. Tout un voile sâĂ©tait dĂ©chirĂ©. Il comprenait, il redĂ©couvrait sa propre essence, il voyait qui il Ă©tait vraiment. Il leva la tĂȘte et vit quâil Ă©tait fils de Dieu. Il se retrouvait comme Ă lâinstant de la crĂ©ation. Il Ă©tait nu. Nu de toute expĂ©rience et nu de tout connaissance. Lorsque le passeur le sortit du bassin. Le sage avait vu la vĂ©ritĂ© et la libertĂ©. Il sut, alors, que son corps, son esprit et son Ăąme allaient le recouvrir et que son essence primaire serait Ă nouveau enveloppĂ©e pas ses connaissances. Il comprit alors le sens du passage. Son immersion lui avait rĂ©vĂ©lĂ© son ĂȘtre astral, hors de tout corps. Son corps physique, Ă lâinstar, le submergeait de toutes ses expĂ©riences dâhomme. Il ne reniait aucune dâelles. Il savait quâil ne pouvait revenir Ă lâaube de sa crĂ©ation sans renier son histoire, ses conquĂȘtes, ses maĂźtrises. Il fallait quâil trouve au travers de son existence Ă transcender son moi profond et sa connaissance. Alors, il regarda le passeur aurĂ©olĂ© de feu et dit : « Je vais, maintenant, traverser le feu. ».
Il devait reconnaßtre la souffrance de la terre. Il en était issu, il reviendrait.
Il Ă©tait nĂ© sur la terre, il dĂ©sirait, Ă prĂ©sent, retrouver lâexpĂ©rience de la terre.
Elle allait ĂȘtre douloureuse.
Il nâavait pas dâapprĂ©hension car il savait, quâĂ tout moment, il restait reliĂ©.Tableau de Laureline Lechat

