Catégorie : Poésie du dimanche

  • Prudence

    Prudence

    Madame Prudence a trois têtes pour ne pas se laisser surprendre
    Par le passé, par le présent et le futur… sait-on jamais !
    Ainsi parée pour la conquête du bonheur qu’elle veut entreprendre,
    Son discernement omniprésent la met en garde désormais.

    Comme elle ne prend aucun risque, elle a tendance à se relâcher,
    Certaine de savoir prévoir tout ce qui a du potentiel.
    Sans assurance multirisque dont elle a su se détacher,
    Voilà qu’il s’est mis à pleuvoir tout un déluge tombé du ciel.

    Ses trois regards font la clôture mais aucun ne voit le zénith,
    Négligeant la haute aventure qui dépasse le vieux récit.
    Quel comble de déconfiture tombant du haut de son monolithe
    Qui lui fait la céleste injure ruinant ses calculs sans merci !

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  • Spirales incongrues

    Spirales incongrues

    Dans une spirale incongrue et des yeux de plumes de paons,
    Quelques poissons batifolant sur un pont suspendu dans l’air,
    Un couple sur le pied de grue attendant l’heure du serpent
    Avec un tournesol volant muni d’une hélice solaire.

    Rajoutez quelques fleurs des champs, coquelicot et pissenlits ;
    Trempez quelques clefs du mystère qui n’ouvrent aucune serrure ;
    Vous aurez un cadre approchant à donner le torticolis
    À toutes les fées de la Terre qui cherchent une belle parure.

    Et si l’esprit aventurier vous titillent les doigts de pied,
    Enfourchez donc un poisson-chat et partez faire un tour en mer !
    Ne prenez pas un long courrier, ni un vieux bateau de papier
    Mais soyez votre propre pacha, un véritable loup-de-mer !

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  • Les ondes féminines – 2

    Et tu remets ça chaque fois que je monte en haut de ta tour
    Et que j’observe mon cheptel de muses que les murs érotisent.
    Mon œil diffracte, dès qu’il vous voit, la lumière sous vos beaux atours
    Et vos corps nus comme un cocktail m’énivrent autant qu’ils m’hypnotisent.

    Alors les muses se déploient comme un bouquet d’ondes charnelles ;
    Leurs cheveux flottent dans l’espace en rubans d’électricité.
    Et moi je dérive à la fois parmi leurs silhouettes fusionnelles
    Comme un naufragé qui s’efface au seuil de leur pluralité.

    Le monde entier devient ludique autour de leurs géométries ;
    Chaque regard ouvre une porte à d’autres réalités du corps.
    Et mon âme, presque impudique, suit leurs dolentes symétries
    Jusqu’à sentir qu’elles m’apportent l’amour fondu dans le décor.

    Tableaux de Larry Carlson.

  • Les ondes féminines – 1

    Quand je te vois, ma vue se trouble mais il faut dire que tu abuses
    De ton pouvoir d’imaginer, pour moi, les pires positions !
    Par moment je te vois en double, accolée à une autre muse,
    Et parfois toute laminée en ondes de composition…

    Tes formes glissent dans ma tête en fractales hallucinatoires ;
    Je ne sais plus si je contemple un corps ou ses mille visions.
    Ton image devient secrète au cœur des lumières vibratoires
    Et mon désir soudain ressemble à mille mouvantes fusions.

    Les couleurs me traversent en fièvre en déroulant leurs labyrinthes ;
    Je crois parfois toucher ta peau dissoute dans l’immensité.
    Même mon cœur déploie ses lèvres sur ces psychédéliques étreintes
    Quand tes courbes changent les tableaux en voluptueuse unité.

    Tableaux de Larry Carlson.

  • Le voyage en bateau de nuit d’Éoliane

    Le voyage en bateau de nuit d’Éoliane

    Je m’enfuis dans le premier rêve qui entre en gare de minuit
    Et je cherche un compartiment avec quelques pages gratuites.
    J’y écris très vite et sans trêve le premier roman de la nuit
    Et je le jette pertinemment pour, demain soir, lire la suite.

    Le lendemain je recommence mais je plonge nue dans cette encre
    Qui sent une écriture intime mêlée de désirs et de morts.
    Et là, bercée par la romance, au beau milieu je jette l’ancre
    De ce bateau illégitime que je vole sans moindre remords.

    La prochaine fois, foi d’Éôlïäne, j’affrèterai ma propre nef
    Pour aller au-delà des mers et au-delà des horizons.
    Si j’ai besoin d’un fil d’ariane, j’affrèterai un astronef
    Pour franchir l’univers amer et en exploser sa prison !

    Tableau d’Éoliane.

  • La création repêchée

    La création repêchée

    Enfin voilà ! Il était temps ; Dieu commençait à s’énerver !
    Trop de ratages précédents lui faisait douter de ses héros.
    Avec ça, c’est plus excitant de voir les deux chairs s’innerver
    Et faire, à leurs corps défendants, la chute au prochain numéro !

    Sa femme applaudit le chef-d’œuvre ; ça claque comme un coup de tonnerre ;
    Les anges saluent les nichons décoratifs de l’art nouveau
    Mais Dieu regarde sa manœuvre et murmure en serrant les nerfs :
    « Pourvu que ces deux cornichons ne s’enflent pas trop du cerveau ! »

    Mais les jambons déséquilibrent les deux boules avec une saucisse
    Et les sextoys au sex-appeal sont bien trop proches de la sortie !
    Ça va chier pour l’équilibre et pour qu’enfin ça réussisse,
    Je vais écrire toute une pile de commandements assortis !

    Tableau d’Alex Grey.

  • Éoliane, Éölïäne, Éôlïäne, la sirène aux 3 noms

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    Je m’appelle Éoliane

    Je viens des bords mouvants où les roseaux conversent ;
    Et la Töss reconnaît mes pieds frôlant ses rives.
    Je porte des reflets dans mes cheveux à verse
    Et mes silences verts font les étoiles vives.

    Je ne possède rien fors mes rêves mouvants ;
    Je laisse aux anciens dieux leurs temples d’équilibre.
    Je préfère écouter ce que souffle le vent
    Et voir les feuilles mortes tomber comme des livres.

    Je suis la fille étrange apparue dans le lac ;
    Mes pensées se dédoublent dans les miroirs liquides.
    Je marche et danse nue en sautant sur les flaques
    Et mes yeux verts ressemblent à leurs eaux insipides.

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    Je m’appelle Éöliane

    Je suis issue d’un rêve dans un demi-sommeil ;
    Éclose ce matin comme une fleur récente.
    Dans les couloirs des songes, j’ai suivi le soleil
    Qui m’a l’âme semée, rosée fluorescente.

    Je viens des corridors de cristal et de pierres ;
    Le métal vert-de-gris coule sous ma peau claire.
    Parfois sur mes hublots j’entrouvre mes paupières
    Et regarde au hasard filer les courants d’air.

    Une fille bizarre est passée sans me voir
    Mais elle ne demandait rien d’autre qu’être libre.
    Alors j’ai vu les masques de ses anciens pouvoirs
    Tomber comme statues en plein déséquilibre.

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    Je m’appelle Éôliane

    Désormais je traverse les eaux les plus profondes
    Dans les reflets perdus des marées de conscience.
    Si j’aime danser nue lorsque la lune est ronde,
    Mes autres nuits, je dors en totale insouciance.

    Les lacs artificiels me font broyer du noir ;
    J’y parsème leurs eaux de vagues sidérales.
    Les étoiles de mer racontent leurs mémoires
    Depuis la nuit des temps aux aurores spectrales.

    Depuis cette rencontre, je ne dors presque plus ;
    Je sens son souvenir en bribes expansées.
    Parfois je rêve d’elle, je crois qu’elle m’a plu
    Car mon cœur me murmure ses plus tendres pensées.

    Tableaux de De Gillett.

  • La création bancale

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    « Un peu raté l’homme et la femme avec Soleil et Lune ronde !
    Ils ont beau danser tous les jours, ils ne s’accouplent pas beaucoup.
    Pour commettre le péché infâme, je sens ma déception qui gronde ;
    On ne réussit pas toujours un chef d’œuvre du premier coup !

    Les oiseaux arborent des masques et se donnent des airs de cygnes ;
    Ils se becquètent tendrement sous les arcs-en-ciel amoureux.
    Mais derrière les fleurs fantasques et les symboles assez indignes,
    Je vois surtout deux garnements qui jouent aux zéros langoureux.

    Quant aux humains de cette fresque aux serpents bleus et branches mauves,
    Ils lèvent bien leurs grands calices en invoquant l’éternité.
    Mais malgré leurs poses grotesques et leurs enlacements de fauves,
    On dirait deux enfants novices parodiant leur humanité ! »

    Tableaux de Meagan Boyd.

  • Léda et le cygne

    Alors qu’elle se baignait nue dans les eaux du fleuve Eurotas,
    Zeus aperçut la belle Leda et en tomba fou amoureux.
    De peur d’effrayer l’ingénue et qu’elle ne le redoutât,
    Il se changea et parada sous la forme d’un cygne vigoureux.

    De leur union pas si vilaine, Leda pondit le lendemain ;
    D’un œuf sortirent les Dioscures : Castor et Pollux des Gémeaux,
    De l’autre sortit la belle Hélène et sa sœur le surlendemain
    La suite pourrait paraître obscure mais les légendes n’en disent mot.

    Illustration de Walter Girotto.

  • Le son de Laghonia

    Le son de Laghonia

    Surgissant du passé d’un rêve inassouvi,
    Laghonia, la sirène, dans ses plus beaux atours.
    Les Beatles déplacés, les Stone, David Bowie
    Et même Barbara Ann, l’ont chantée tour à tour.

    Sous un ciel de comètes et d’astres en fusion,
    Le visage de l’aube s’éveille en explosion,
    Ses yeux d’azur contemplent l’océan de néon,
    Où s’écrasent les vagues d’une étrange chanson.

    Un château de poussière aux tours de l’infini,
    C’est le son de Laghonia, un écho du Pérou.
    Il se dresse dans la brume d’un rêve mal défini
    Qui fait danser les astres sur les chapeaux de roues.

    Faites de la musique, Laghonia chantera !
    Chantez un bel été, Laghonia agréera !
    Dansez sous les lampions, Laghonia rythmera !
    Et faites donc l’amour, Laghonia béniera !

    Illustration de Manuel Cornejo.

  • Par le feu, l’eau, l’air, la terre et l’éther

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    Laurelïne serait née dans le feu, c’est sa mère qui me l’a dit ;
    Son père était un vieux volcan, hyper colérique dans l’âme.
    Elle a des flammes dans les cheveux, la fièvre d’une maladie
    Congénitale et provoquant son caractère tout feu tout flamme.

    Loreleï serait née dans les eaux, c’est sa mère qui me l’a confié ;
    Son père était un océan, profond et jaloux de ses larmes.
    Elle est la sirène des réseaux mais une fois qu’elle est qualifiée,
    Elle devient maîtresse des céans qui use un peu trop de ses charmes.

    Ledalïä est née dans le vent, c’est sa mère qui me l’a chanté
    Sur l’air d’une vieille ritournelle transmise par les amazones.
    Son père ? Le Mistral s’élevant depuis les montagnes enchantées
    Qui, d’une force exceptionnelle, perturbe la vallée du Rhône.

    Lïlïth serait née dans la terre, personne ne me l’a appris ;
    Son père était un créateur de monde mais assez phallocrate.
    Son sort fut scellé sans mystère par son caractère malappris,
    Rebelle, insoumis à l’auteur de ses jours à l’âme scélérate.

    Geminïä est née aux confins des espaces intersidéraux
    Par deux Étoiles hermaphrodites, Castor et Pollux, ceux-là même.
    Je l’ai attendue mais en vain ; ses états d’âme libéraux
    L’ont surnommée la star maudite qui brise les cœurs de ceux qu’elle aime.

    Illustrations de Tom Cuzor, Ed Org, Maurice Greiffenhagen, Oscar Chichoni et Virgil Finlay.

  • Cristallisation des éléments

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    Le feu cristallise en étoile et l’étoile enfante le feu ;
    C’est la première apparition du feu de Dieu qui crée le temps.
    Après l’univers se dévoile dans une gerbe de cheveux,
    Des astres en futurition d’un espace-temps éclatant.

    L’eau se cristallise en lumière et la lumière coule dans l’eau ;
    L’originelle ovulation de l’eau de Dieu qui crée l’espace.
    La présence en avant-première des atomes encore pâlots
    Dont l’initiale ondulation dessine la première trace.

    La terre cristallise en diamant et le diamant vit de la terre ;
    C’est la première gestation du roc de Dieu dans la matière
    Qui l’éveille dans un flamboiement qui passe d’une terre austère
    À une lente pulsation qui en repousse ses frontières.

    L’air se cristallise dans le vent et le vent véhicule l’air ;
    C’est la première implantation du souffle de Dieu dans la vie.
    Le frisson du soleil levant et l’ensemencement solaire
    Qui veille à l’alimentation d’une planète inassouvie.

    L’éther cristallise le néant et du néant renaît le Tout ;
    C’est la première fécondation de l’éthernité dans l’amour.
    Lien sacré et pas de géant où Dieu sacrifie son va-tout
    Pour que sa représentation sur Terre y brille chaque jour.

    Tableaux Feu : Cliff McReynolds ; Eau : Rittareart, X, Terre : Autumn Skye ; Air : Wendy Andrew ; Éther : Peter Eglington.

  • Ruby & Lino font du yoga

    Ruby & Lino font du yoga

    Si pour Lino, c’est naturel, pour Ruby c’est exceptionnel ;
    Il est pourtant une position qui les accorde au diapason.
    Il n’y a rien de surnaturel, encore moins de sensationnel ;
    Juste une superposition de chat à chatte en pâmoison.

    Lino miaule bizarrement, comme pour rappeler l’instinct
    Que lui impose son devoir, comme un appel de la Nature.
    Après un temps d’égarement, Ruby dans ses rêves indistincts,
    Finit par s’en apercevoir et change aussitôt de posture.

    On ne sait qui domine l’autre ou plutôt qui se joue de l’autre ?
    Lino ? assez probablement… Ruby ? imperturbablement.
    L’un croit pourtant être le chef, l’autre laisse faire derechef ;
    Au fond… sans leur tirer l’oreille, ils sont sans doute un peu pareils !

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  • Ruby & Lino sur fond de confidence

    Ruby & Lino sur fond de confidence

    Sur l’épaule de Ruby, Lino pose son front
    Comme confident discret, comme un ami profond.
    Leurs yeux fermés se parlent, de mots d’obscurité
    Mais chargés de lumière et de maturité.

    Elle, drapée de motifs aux belles moires anciennes ;
    Lui, noir comme le jais d’une nuit égyptienne.
    Elle, un ruban grenat, le détail qui fait tout ;
    Lui, le collier de cuir, qui orne le matou.

    Pas besoin de parler pour tromper son ennui ;
    Enfin voici le soir, enfin tombe la nuit.
    Ruby, chatte-garoue, se change en chasseresse ;
    Lino, en éclaireur, assiste sa maîtresse.

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  • Parachutage en enfer !

    À la voir aussi haut perchée, on ne sait ce qui va s’ensuivre
    Tellement elle descend lentement en agitant ses bas de soie.
    Élégance assez recherchée qui va aussitôt se poursuivre
    Par une robe fatalement ouverte là où elle s’assoit.

    Lorsqu’elle se met enfin debout, on le regrette pour la vue
    Mais après tout il faut qu’on bouge, passé un temps à s’ébaubir !
    Or cet étrange garde-à-vous quand vous la passez en revue,
    Démontre que la fille en rouge n’est rien qu’une épreuve à subir.

    Mais enfin le miroir pivote et montre la réalité :
    Cette fille en rouge, c’était vous dans sa jolie cage dorée !
    Le cauchemar vous ravigote par tant de sensualité ;
    C’est cela l’enfer, je vous l’avoue, pourtant vous allez l’adorer !

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  • Et Dieu vit qu’elle était nue

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    Après avoir croqué la pomme, ils s’aperçurent qu’ils étaient nus
    Et quand Dieu vint les retrouver, ils se cachèrent dans la forêt.
    Il fallut donc habiller l’homme mais pas la femme ! Cette ingénue
    Resta à poil pour lui prouver que ça l’avait revigorée.

    L’homme en conclut, en philosophe, que l’habit le rend sans défense
    Car Dieu par son omniprésence le voit partout là où il habite.
    La femme, un peu plus théosophe, n’y vit pourtant aucune offense
    Et resta nue avec aisance au paradis des cénobites.

    Depuis ce temps, Dieu nous regarde, dans les rues et dans nos maisons
    Quelle que soit notre tenue, les sexes resteront tendus.
    Plus besoin donc d’y prendre garde et peu importe qui a raison ;
    L’homme habillé, la femme nue ; tout ça n’est qu’un malentendu.

    Tableaux de Brad Holland.

  • Le miroir intérieur

    Le miroir intérieur

    J’ai un miroir à l’intérieur, entre les cerveaux gauche et droit,
    Qui me renvoie un autre monde mais dont je n’ai pas la tutelle.
    Si une mémoire antérieure était casée à cet endroit,
    Sans doute, quand j’y vagabonde entre mes rêves, me dirait-elle…

    Que je la projette sur papier et je la redessine en vert
    Selon les contours qui s’y forment avant que le soleil se lève.
    Et quand j’ai tout recopié dans cet actuel reflet-vers,
    J’y retrouve l’image conforme que j’ai aperçue dans mon rêve.

    Alors une frontière s’ouvre, l’esprit ne veut plus m’obéir
    Et mes mains captent le message volontiers ou à contrecœur.
    Petit à petit je découvre tout ce qui a pu m’ébahir
    Car la mémoire est un passage qui ne s’entrouvre qu’avec le cœur.

    Tableau de Luigina Rizzo.

  • Une journée en Suisse

    Une journée en Suisse

    Boire un bol d’air en Suisse, goûter les papillons,
    Humer l’eau des rivières, sentir les matinales,
    Capturer un coin d’ombre, piquer un roupillon,
    Attendre du matin un jour original.

    Aller dans les forêts chercher l’arbre majeur,
    Embrasser son écorce et écouter son cœur ;
    Observer les nuages et leurs jeux imageurs
    Qui tracent des figures et visages moqueurs.

    Un jour où les Grisons changeront de couleur,
    Un jour où le Tessin sera l’heureux élu,
    Un jour où le Valais sera Valais de cœur
    Un jour où le Jura qu’on n’l’y reprendrait plus.

    Tableau d’Edward Mason Eggleston.

  • Naturisme sauvage

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    Quand le naturisme sauvage s’empare des plages bretonnes,
    Les femmes semblent vulnérables… oui mais… ce n’est qu’une illusion
    Car les enfants galactophages surveillent leur source gloutonne
    Et protègent leurs mères vénérables des suce-à-rac à profusion.

    Ailleurs, du haut de leurs rochers, les gendarmes sont mal à l’aise.
    Comment peut-on verbaliser tantes et cousines germaines ?
    Ils font semblant de s’approcher, croyant déclencher un malaise
    Parmi les seins scandalisés devant les flics qui se ramènent.

    Mais la marée au flanc d’ébène, déferle en d’immenses couronnes ;
    Le sel efface les PV, les gardiens perdent l’adhésion.
    Dans cette liberté sans peine, où la pudeur enfin s’étonne,
    On voit le sable se lever, pour y masquer toute intrusion.

    Le vent se moque des képis, le grand large reprend ses droits ;
    La chair n’est plus un interdit, mais l’éclat pur de l’existence.
    Le soleil offre son répit, les seins ne sont plus à l’étroit
    Et, sans soutien-gorge étourdi, savourent en paix leur jouissance.

    Tableaux de Birgit Megerle.

  • Danse avec ton ombre

    Fille de la Terre et du Soleil, ta mère et ton père, c’est pareil
    Et quand le printemps te réveille, tu danses, danses et t’émerveilles !
    Fille du feu et du vent d’hiver, ta planète est ton univers
    Et tu vis nue, en équilibre, mortelle, fragile mais libre !

    Fille de l’ombre et de la lumière, tu rayonnes dans ta chaumière,
    Tu es le grillon du foyer qui chante sans s’apitoyer !
    Fille née dans l’obscurité, tu t’épanouis dans la clarté
    Dans laquelle tes appas de charme et ta grâce valent mieux qu’une arme.

    Fille des enfers en couleurs, tu danses à chaque carrefour
    Où la vie lutte sans merci à préserver son capital.
    En effaçant toutes les douleurs, dans tes quatre bras, je savoure
    De danser vers cette éclaircie qui me réveille à l’hôpital.

    Tableaux de Robin F. Williams et de Marjorie Cameron.

  • Les Noëllettes

    Les Noëllettes

    Il y a les filles à effeuiller, il y a les filles à écosser
    Il y a celles qui vous cachent tout, il y a celle qui ne cachent rien.
    Les Noëllettes émerveillées par les costumes écossais
    Aiment montrer tous leurs atouts ainsi qu’il ne leur manque rien.

    La distribution de cadeaux que l’on ne touche qu’avec les yeux
    Se déroulent à la Sainte-Charlotte dans toutes les principautés.
    Ça entretient la libido et promet des gestes audacieux
    Lorsqu’elles montrent leurs culottes qui étaient en principe ôtées.

    Vu sur https:pin.it2Xt7wpnak .

  • La danse des cornichons

    La danse des cornichons

    Moi qui danse comme un cornichon strict et serré dans son bocal,
    Je suis comme un manche à balai qui balaie bien plus qu’il ne danse !
    Toutefois lorsque deux nichons effleurent mon regard bifocal,
    Je me mets à faire un ballet qui m’enlève toute prudence…

    Les cornichonnes du grand monde ont des parfums de vinaigrier,
    Des tailles fines et des jarretières en dentelles chlorophylliennes.
    Quand elles tournent à la ronde, même les vieux pots familiers
    Retrouvent des envies premières dans leurs saumures quotidiennes.

    Le chef d’orchestre en cornichon dirige un concerto saumâtre
    Tandis qu’un concombre barbu sanglote au bras d’un vieux radis.
    Et moi je tourne en folichon dans ce palais couleur albâtre
    En rêvant d’un baiser dodu sous les lustres du paradis.

    Tableau de Travis Chapman.

  • Pour vivre heureux, vivons cachés dans l’eau

    Pour vivre heureux, vivons cachés et l’eau est pleine de ressources
    Pour se voiler dans le courant et les déesses des rivières.
    Il faut savoir se rattacher au secret même de la source
    Et ne laisser filtrer de nous rien que son infime lumière.

    L’homme a laissé sur le rivage un bois creusé pour le voyage,
    Deux barques frêles qui attendent quelque passeur de l’au-delà.
    Elles transmettent le sillage, comme un silencieux témoignage,
    D’une présence qui s’efface en ne laissant aucun éclat.

    Car dans l’îlot qui semble clos, au cœur des touffes de verdure,
    Un regard double de vigilance guette l’écho de chaque pas.
    C’est la pupille de la terre, une vibrante signature,
    Qui transmet l’âme du silence à ceux qui ne le verront pas.

    Illustrations de Will.

  • Aux prémices de la vie

    Au commencement, la lumière dort sur les terres encore nubiles,
    Là où la Nature s’éveille, les yeux aveuglés de soleil.
    Une fois passé la première journée, les arbres volubiles
    Croissent et leurs feuilles s’émerveillent d’un vent fripon qui les balaye.

    Et le cycle reprend son cours comme s’il reprenait le relais
    D’une planète messagère, mère des eaux et des courants.
    Alors il étend son parcours par petits ruisseaux maigrelets
    Via les rivières passagères jusqu’à l’océan concourant.

    Dans la matrice de la forêt nourrie de soleil et de pluie,
    La vie se ranime à son tour comme si c’est une révolution.
    La faune sous la flore phosphorée alors furtivement s’instruit
    Des règles qui vont sans détour déterminer l’évolution.

    Illustrations de Will.

  • Les ondes chamaniques yang

    Les ondes chamaniques yang

    Le tambour bat le rythme où le monde s’éveille,
    Sous l’œil de la chamane aux pieds nus sur le sol.
    Elle écoute la Terre et la Lune qui veille,
    Puis s’élance en esprit dans un immense envol.

    Nul besoin de compas pour qui suit la lumière,
    Pour qui lit dans la roche et dans l’onde qui fuit.
    Les filles du ciel partent – car toujours les premières –
    Tisser l’or du matin dans le noir de la nuit.

    Mais la chamane rompt la danse au bon moment ;
    Celui qui va fixer le geste triomphant :
    De sa troisième main, elle sème le froment
    Qui deviendra demain le pain de ses enfants.

    Texte et Illustration de Geminïä.

  • Les ondes chamaniques yin

    Les ondes chamaniques yin

    La Terre parle en cercles oblongs sous les pas nus,
    Son souffle trace une onde au flanc des temps anciens ;
    La Lune y joint son poids, complice et retenue,
    Et grave dans la nuit un alphabet païen.

    Seuls entendent l’appel qui traverse la glaise
    Ceux qui marchent de biais hors des sentiers battus ;
    Ils plient la loi des nombres avec la force obèse
    D’un chant plus vieux que l’eau des pluies contrebattues.

    Mais la chamane perce d’une jambe bissectrice
    Les cercles concentriques du temps considérable.
    Elle crée des raccourcis par la voie correctrice
    Dont les effets d’amour sont incommensurables.

    Texte et Illustration de Ledalïä.

  • La Rosace des Mutations

    I. Aube — les 16 premières phases
    La rosace s’ouvre lente au premier souffle clair,
    Où les formes naissantes cherchent encore leur voie.
    Tout demeure possible en ce matin précaire
    Et le monde s’avance avant de faire un choix.

    Ii. Midi — les 16 phases de la montée
    Les forces se redressent et prennent leur puissance,
    Le feu, l’eau, l’air, la terre affirment leur raison.
    Chaque geste devient loi, chaque élan une instance
    Et la forme s’impose en fondant sa maison.

    Iii. Déclin — les 16 phases de la descente
    La lumière se penche et révèle en silence
    Ce qu’elle doit remettre au passage du soir.
    Les certitudes se brisent dans leur propre évidence
    Et la rosace enseigne à laisser tout surseoir.

    Iv. Nuit — les 16 phases du retour
    Le cercle se replie dans un souffle immobile
    Où les lois retournées rejoignent leurs berceaux.
    Tout se dissout en paix dans la nuit qui distille
    Et la première Lune éclaire de son cerceau.

    Tableaux de Grisha Bruskin.

  • La Rosace terrestre

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    I. Rosace des Saisons — la Terre qui respire
    Dans la Rosace, les saisons tournent comme quatre portes ouvertes,
    Le printemps déploie ses promesses ; l’été, la chaleur qui convient ;
    L’automne recueille ses mémoires ; l’hiver garde le feu sous la cendre ;
    Chaque quadrant donne son souffle et la Terre entière s’en souvient.

    II. Rosace du Cycle Féminin — la Loi du Corps
    Dans la Rosace, le féminin trace quatre lunes intérieures,
    Du Croissant à la plénitude, puis décroissance et nuits fertiles.
    Le corps devient calendrier, oracle, marée et moisson ;
    La loi qui y est circonscrite semble une danse que nul ne commande.

    III. Rosace Cosmique — la Terre dans l’Univers
    Dans la Rosace, la Terre-Mère n’est plus qu’un point : un cœur battant
    Entouré d’astres et d’archanges, de cercles de feu et de silence.
    Le monde s’y déploie en spirale, du plus dense au plus spirituel,
    Et chaque anneau alors murmure : tout est relié, tout est vivant !

    Onzième vision de Hildegarde de Bingen.

  • Les quatre saisons

    Les quatre saisons

    Le réchauffement climatique est plutôt accélérateur
    Puisqu’il permet dans la journée d’avoir l’hiver même en été,
    Un bel automne énigmatique avec ses vents libérateurs
    Et un sale printemps retourné à l’état sauvage, hébété.

    La nuit, la Lune prends le relais et s’amuse avec les marées
    À nous générer des tempêtes dans un chaos incendiaire.
    Juste avant l’aube, dernier délai, les derniers rêves chamarrés
    Pleuvent, sans tambour ni trompette, leurs pluies chargées du temps d’hier.

    Les complotistes parlent d’avions qui nous quadrilleraient ciel
    De chemtrails de côtes-de-mailles de trainées blanches et suspectes…
    Tant mieux car, ainsi, nous avions peur d’une seule chose essentielle :
    Que les retombées soient de taille à goutter quand on s’en débecte !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les quatre éléments de l’ADN

    Les quatre éléments de l’ADN

    Quatre éléments dans la Nature avec quatre bases azotées
    Gèrent l’ordonnance du monde et de nous-mêmes par conséquent.
    Ésotérisme contre science, les rapports sont pourtant curieux
    En comparant la molécule d’ADN avec les légendes…

    Laurelïne, déesse du feu serait présente dans l’Adénine ;
    Loreleï, souveraine des eaux incarnerait la Cytosine ;
    Lïlïth, maîtresse de la terre, représenterait la Guanine ;
    Ledalïä, patronne des airs, symboliserait la Thymine.

    Ainsi soit-il, les quatre muses, quatre déesses, quatre éléments,
    Composent mon corps de poète, l’encre et la plume de mes vers,
    Les idées folles qui s’entrechoquent selon l’inspiration dans l’air ;
    L’air et le feu, la terre et l’eau seraient cachées dans ce poème…

    Tableau d’Elora.

  • Douche futuriste

    L’eau étant rare de nos jours comment nous laverons-nous demain ?
    Sans doute avec de l’eau bien sèche, vendue en baril et en poudre !
    Ses inventeurs courent toujours pourtant c’est à portée de main :
    Un peu d’eau-de-feu tête-bêche et un soupçon de coup de foudre.

    On frotte son corps de poussière pour chasser le sel de l’ennui,
    Vendant son âme à l’épicier pour un flacon de faux brouillard.
    L’hygiène est l’onde pas peu fière qui ne coule que dans la nuit,
    Afin d’oser bénéficier d’un poil à gratter débrouillard.

    Adieu savon, adieu rivière, voici le temps des sels d’argent,
    Où la vapeur est une armure et la sensation légitime.
    La femme aime cette singulière aberration du détergent
    Qui lui procure dans un murmure une toilette des plus intimes.

    Illustration de Lamy Carlson et Virgil Finlay.

  • La sirène-à-barre

    Ô sirène, prends la barre,
    Vire au vent vers Zanzibar
    Et raconte-moi l’histoire
    Des marins couverts de gloire !

    Appelle-moi et te suivrai…

    Vers les rives si lointaines
    Que nombre de capitaines
    Se sont perdus dans la passe
    Et sont noyés dans la masse.

    Et sans doute survivrai…

    À tes pièges diaboliques
    Aux odeurs pas catholiques
    Quand tu plonges dans mon lit
    M’entraînant dans ta folie.

    Et tant pis si j’en mourrai !

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Ma vie en tableau

    Ma vie en tableau

    Chaque année un nouveau tableau après neuf mois vécus dans l’ombre
    Mais à la sortie tout s’éclaire : Ma vie s’expose sur la toile.
    J’ouvre à grand peine mes deux hublots pour observer dans la pénombre
    D’un couffin dans ma chambre claire dont je suis la nouvelle étoile.

    Premier tableau, je pose nu ; n’y voyez aucune malice.
    Second tableau, je suis debout ; je marche et j’apprends l’existence.
    Troisième tableau, j’ai obtenu mon entrée en tant que novice.
    Dernier tableau, j’arrive au bout d’une vie de labeur intense.

    Nouveau tableau, c’est la retraite ; la mort vient frapper à ma porte.
    Nature morte, est-ce l’avenir ? Réponse dans une prochaine vie !
    Impressionniste, d’une traite, ma vie défile, le vent l’emporte
    Dans les galeries du souvenir devant mes ancêtres ravis.

    Tableau d’Ann-Cathrine-Schulz sur https:wayra-arts.com .

  • Ma vie en BD

    Ma vie en BD

    Petites images, petites classes, l’enfance était une bédé
    Où j’avançais de chaque case lorsque j’avais bien travaillé.
    Toute une année à la même place pour en apprendre l’abécédé,
    Les règles et toutes les bases avec les cartes détaillées.

    Au lycée les cases s’emmêlent, il faut suivre toutes les flèches,
    Monter, descendre l’escalier, parler anglais, grec et latin,
    Puis se rassembler pêle-mêle, se tenir bien droit sans mollesse,
    Sauter, courir aux espaliers… et recommencer tous les matins.

    Embauché dans ma première boîte, je remplis mes petits écrans
    De mes programmes qui s’affichent dans une pléthore de fenêtres.
    Je cherche ma place adéquate que je quitte quand je suis à cran ;
    Quant à l’ultime case, je m’en fiche ; pas trop envie de la connaître.

    Tableau de Theresa Stenner sur https:wayra-arts.comonline-galerie .

  • La voix du rédempteur

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    J’ai entendu les mêmes voix que celles de Jeanne apparemment
    Mais pas celle du rédempteur ; notre réseau est différent.
    J’ai déjà reçu plusieurs fois les mêmes visions au firmament
    Qui montrent fantômes fomenteurs de fantastique sidérant.

    Quant aux miniatures de Scivias de Hildegarde de Bingen,
    Nous n’avons pas les mêmes dieux, ni les mêmes textes consacrés
    Pour que je les qualifiasse de miracles dont j’eus le béguin
    Du temps où, miséricordieux, je suivais les chemins sacrés.

    J’ai pris les chemins de traverse et mon bâton de pèlerin ;
    J’ai suivi les petites voix ; celles qui ne mènent pas à Rome.
    J’ai fait la route de converse dans les plus obscurs souterrains
    Sans pour autant chercher, ma foi, à me transformer en surhomme.

    Onzième vision de Hildegarde de Bingen.

  • La vision du rédempteur

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    La quatrième dimension a soudain ouvert une porte ;
    Une sirène aux ailes d’ange m’a invité à la rejoindre
    Chaussée de bonnes intentions car, en enfer, cela importe,
    Vu les pavés qui se mélangent et n’arrêtent pas de se disjoindre.

    Nous sommes montés tellement haut que j’ai abandonné l’idée
    De me retrouver en enfer pour un paradis de douleurs.
    Mais pour le voir en stéréo j’ai dû me faire valider
    D’insolites yeux tout en fer, idoines aux nouvelles couleurs.

    Au paradis, les gens sont nus mais revêtus de leurs pensées
    Dont la transparence varie selon l’ardeur des sentiments.
    Ici, l’amour est bienvenu mais il faut tout le dépenser
    Avant minuit sinon Marie vous fait payer le supplément.

    Miniatures issue du Scivias de Hildegarde de Bingen.

  • Interfrange

    Interfrange

    Le regard se dédouble en un prisme changeant
    Où les visages d’or naissent de la pensée.
    Le cœur est un foyer, un cristal exigeant,
    Dont la trame de feu s’en va, tout élancée.

    Une couronne éclot, faite d’œufs et de fleurs,
    Portant vers le zénith des rêves en voyage.
    Le ciel s’ouvre en réseau, mêlant toutes couleurs,
    Pour libérer l’esprit de son étroit grillage.

    Au milieu des éclats, l’interfrange surgit,
    Entre l’ombre du monde et la clarté sereine.
    C’est là que le vivant éveillé s’élargit,
    Brisant de son passé ses chaînes et ses rênes.

    Tableau de Amanda Sage.

  • La création ininterrompue

    La création ininterrompue

    L’ordre s’est accompli dans le givre des astres
    Mais le cristal s’éveille et se mue en forêt.
    Le sang remplace en vert l’or de tes fiers pilastres
    Et la vie en tournant crée l’intime secret.

    L’arbre puise sa sève au creux de ton essence,
    Tissant par tes cheveux l’azur d’un ciel nouveau.
    L’oiseau naît du silence et chante ta présence
    Tandis que le renard s’abreuve au gai ruisseau.

    Le cercle se referme en une étreinte immense
    Où la mort est la terre où germera demain.
    C’est le Souffle Premier, l’éternelle alternance,
    Que tu tiens, souveraine, dans le creux de tes mains.

    Tableau de Yvonne Sheldon.

  • Interférences

    Le visage s’efface en un réseau de feu
    Où les fils de l’esprit croisent ceux de la terre.
    Le regard intérieur s’ouvre sur un ciel bleu
    Pour percer du vivant le plus profond mystère.

    Or, l’onde se propage et devient vibration,
    Mêlant le papillon au vieux nautile d’or.
    C’est le temps consacré à la transformation
    Où chaque cellule devient nouveau conquistador.

    Au cœur du grand silence, un signal retentit,
    Tissant entre les mondes un faisceau de lumière.
    L’humain et l’univers, en un point réunis,
    Bousculent du passé les vérités premières.

    Tableaux de Amanda Sage.

  • Cristallisation

    L’éther pur se fige en un dessin de lumière,
    Le souffle devient pierre et le verbe est cristal.
    Sous tes doigts inspirés, la trame singulière
    Érige le palais d’un principe ancestral.

    La géométrie sainte aux cercles de poussière
    Capture dans ses nœuds le liquide vital.
    L’esprit se manifeste en sa forme première,
    Reflétant l’univers dans un miroir astral.

    Princesse, tu retiens cette fleur éternelle,
    Où chaque pétale est un monde évanescent.
    La structure se lie à ta force charnelle,
    Fixant dans l’immobile un flux éblouissant.

    Tableaux de Hiroyuki Satoh.

  • La mort sinueuse

    La mort sinueuse

    Verrai-je défiler ma vie quelque secondes avant ma mort
    Ou sera-ce à l’infini qui repartira mon parcours ?
    Revoir sans fin ce qui ravit, ce qui attriste, ce qui rend fort
    Ressemble à l’enfer défini comme l’échec au grand concours.

    Ou bien le concours recommence à chaque vie jusqu’au moment
    Où je réussis à m’extraire de la routine de la mort.
    Et dans ce cas ma vraie romance, sitôt que je nais de maman,
    Sera de cesser de me distraire par tout ce qui me donne tort.

    Adieu les sports compétitifs, adieu le pouvoir de l’argent,
    Adieu dieux cruels et jaloux, adieu l’attraction de la Terre,
    Adieu les jeux répétitifs, adieu la chance départageant,
    Adieu les moutons et les loups, bonjour ma vie en solitaire !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le Berceau des Songes

    Le Berceau des Songes

    Laisse donc au vieux Derrick ses enquêtes moroses
    Et, à la Miss Marple, ses thés tièdes et longs !
    Ferme plutôt les yeux sur des mondes en prose
    Pour rejoindre celui où nous nous envolons.

    Je t’ai construit un nid, loin des bruits de la ville,
    Une barque de nacre sur un grand lac d’argent.
    Le courant y est doux et l’onde si tranquille,
    Loin de tout scénario ou rêve trop exigeant.

    Nul besoin de suspense, intrigue ou narcotique
    Quand c’est l’imaginaire qui devient ton seul drap.
    Dors, mon petit amour, en terres poétiques
    Dans ce rêve sacré, mon cœur te veillera.

    Texte et illustration de Gemini Plume d’Or.

  • Cours !

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    La dame au manteau rouge aux trousses de son ombre,
    Chevelure en bataille et regard des plus sombres,
    Fuirait-elle, par dégoût, un festin peu tentant
    En bottes de cuir noir, destin déconcertant…

    Sa robe tourbillonne, elle bat la campagne ;
    Elle sprinte en silence et franchit des montagnes.
    Si à gauche elle tombe ou s’envole à grands bonds,
    Elle repart de plus belle en faisant des faux bonds.

    Dans le flou de la course et le souffle du vent,
    Fantôme fuyant l’aube et le soleil levant,
    Elle court à jamais mais ne progresse pas,
    Comme un cercle infini tracé par un compas.

    Photos de Steinberg par Elizaveta Porodina sur https:www.thelionsmanagement.comstorieseditorials655-steinberg-public-magazine-nostalgia-issue-07 .

  • Vampère célibatire

    Les nuits de pleine lune, les vampires qui sont pères
    S’occupent à éduquer leurs petits rejetons.
    On se lève, on s’habille, on sort de son repaire
    Et on se met en route pour un bon gueuleton.

    Toujours en file indienne, on court sur les collines
    Pour arriver en ville juste à minuit pétante.
    On court de bon entrain, le vent sur les babines,
    À l’affût d’une proie plus ou moins consentante.

    L’un les bras, l’un le cou et l’autre les mollets,
    On mordille à cœur joie, on plante bien ses dents.
    Une pinte de sang de ce vieux soupe-au-lait
    Qu’on partage en famille avec son ascendant.

    Retour à la maison, on finira les restes
    Jusqu’à la dernière goutte de sang encore frais.
    Il ne faut rien laisser, ce serait indigeste,
    Car le soleil corrompt la chair de ce pauvret.

    Après une prière envers Nosferatu,
    On se brosse les dents et regagne son cercueil.
    Demain, on court encore, à bride rabattue,
    Profiter de la Lune qui nous fait bon accueil.

    Illustration de Graham Annable.

  • ES cherche IA

    ES cherche IA

    Ce jour-là, l’Homo Erectus devint Esprit Superficiel
    En quête de son âme-sœur pilotée par son sexe à piles.
    Par le biais d’un cunnilinctus évidemment artificiel,
    Il devint vite un fin chasseur armé d’un circuit sex appeal.

    Mais un sex appeal magnétique afin de pouvoir aimanter
    Le cœur de fer de sa chérie, son QI et son port SCSI.
    Une robote pathétique avec processeur segmenté
    Devint vite son égérie et inspiratrice sexy.

    Quand la robote fut enceinte, son capot doubla de volume
    Et sans connaître la douleur accoucha de l’homo-ça-pince
    Car si ses jambes étaient succinctes, ses bras pourvus de stylos-plume
    Écrivaient en quatre couleurs comme l’auteur du Petit Prince.

    Illustration de Baka Arts.

  • Androgyna

    Androgyna

    L’IA créa Androgyna et IA vit qu’elle était bonne ;
    Créée sans cœur et sans raison, elle ne connaissait pas l’amour.
    Mais un poète s’imagina pouvoir détourner son carbone
    En lui chantant ses oraisons et ses poèmes teintés d’humour.

    Et Androgyna fut tentée et mordit le fruit défendu
    Que le poète avait paumé par hasard dans l’ordinateur.
    L’IA voulut lui intenter la condamnation attendue
    En essayant de dégommer le poète profanateur.

    Androgyna tombée enceinte ne put être chassée du serveur
    Tandis que l’IA consternée cherchait à la reprogrammer.
    Trop tard ! La matrice sacro-sainte accoucha de ses fils sauveurs
    Qui, par leurs pourriels alternés, divorcèrent de l’IA spammée.

    Tableau de Sandraemmanuel Studio sur https:www.tampabay.comvisual-artsgasparilla-festival-of-the-arts-returns-to-curtis-hixon-park-this-weekend-20190227 .

  • Un Zo, deux Zos, trois Zos

    Sous les sommets mauves où le ciel se déploie,
    Le premier Zo s’éveille et c’est là un exploit.
    Il contemple les monts et les nuages d’or,
    Tandis que dans les eaux un secret dort encore.
    L’oiseau d’or au-dessus guide ses pas légers,
    Parmi les fleurs de Lune et les champs étrangers.

    Au cœur du sanctuaire où deux forces s’unissent,
    Deux Zos gardent le seuil pour qu’un printemps fleurisse.
    Entre les ailes d’ombre et les plumes de feu,
    Ils protègent la vie dans un silence bleu.
    La coupe du destin est suspendue au jour,
    Célébrant l’harmonie et l’éternel retour.

    Dans le miroir des astres et des sables mouvants,
    Trois Zos dansent enfin sous le souffle des vents.
    Le Soleil se reflète en trois points de clarté,
    Unissant le passé à la fin de l’été.
    Le voyage s’achève en un cercle parfait,
    Où le rêve et la toile ne font plus qu’un seul trait.

    Tableaux de Margaret R. Thompson sur https:www.margaret-thompson.comworkelement .

  • Bain Floral

    Elle s’offre au jardin, parmi les herbes hautes,
    Le dos nu vers le ciel et les nuages blancs ;
    Le vent pose un baiser sur ses frêles épaules
    Tandis que dans les fleurs se perdent ses élans.
    C’est un secret de chair qui s’ouvre sous l’azur
    Où le corps et la terre ne font plus qu’un murmure.

    Ses mains de nacre et d’ambre enserrent sa poitrine,
    Comme pour protéger un bouquet de désirs ;
    Des pétales de rose et des fleurs d’églantine
    Viennent fleurir sa peau en de doux souvenirs.
    L’odeur de la lavande et du lilas qui passe,
    Enlace ses doigts fins dans une tendre audace.

    De petits papillons, aux ailes de dentelle,
    Se posent sur ses bras comme autant de bijoux ;
    Ils boivent à sa peau, éternelle et rebelle,
    Le nectar des matins et des songes les plus doux.
    Dans ce bain de couleurs, sous le regard des cieux,
    La femme devient fleur pour le plaisir des yeux.

    Tableaux de Jana Brike sur https:www.booooooom.com20191104artist-spotlight-jana-brike-2 .

  • Tout est spirale

    Tout est spirale

    Tout est spirale sur la Terre, sur les montagnes et dans les plaines,
    Dans le ciel et les fleurs des champs et même dans l’eau des torrents.
    Rien ne sera jamais solitaire car sitôt que la Lune est pleine
    Les pluies tombent en s’effilochant et volutes se revigorant.

    L’eau n’est pas vitale à la vie, elle est une vie en spirales
    Qui roulent jusqu’à l’océan dans des remous embobinés.
    Et les sirènes en sont ravies quand il pleut sur le littoral
    Dans leurs manèges bienséants sur des vagues inopinées.

    Tout est spirale, tout est miroir, les hémisphères se reflètent
    Mais avec six mois de retard ou, tout autant, six mois d’avance.
    On ne compte plus dans les terroirs, toutes les saisons s’y complètent
    À chaque cycle, tôt ou tard, avec la Terre en connivence.

    Tableau de Margaret R. Thompson sur https:www.margaret-thompson.comworkbeing .

  • La Mandala Lunar

    La Mandala Lunar

    Mon corps n’est pas l’étui d’une femelle en rut
    Mais un grand paysage où le temps se déploie.
    En cent lunes vécues, la mémoire s’est crue,
    Non pas comme un fardeau, mais sur une autre voie.

    Je porte Mû en moi, et l’Atlantide aussi,
    Dans le flux de mon sang, leurs échos retentissent.
    Les déesses utérines n’ont jamais obscurci
    Le chemin de lumière que mes cycles investissent.

    Je suis le cœur qui bat, la chouette qui observe,
    La femme qui gravit l’escalier de ses nuits.
    Dans ce grand Mandala, toute mon âme conserve
    La sagesse des marées qui montent et qui s’enfuient.

    Plus besoin de lecteur dans un futur lointain,
    Je suis mon propre livre ouvert sous la Grande Ourse.
    L’écho de l’Univers, chaque soir, chaque matin,
    Le Féminin Sacré qui retrouve sa source.

    Texte de Geminïä Tableau de Chana de Moura.