Catégorie : Poésie du dimanche

  • Ma minette qui est au ciel

    J’avais, pour ma chatte Chanelle, beaucoup d’amour et de prières
    Et lorsqu’elle est montée au ciel, je l’ai recommandée à Dieu
    Pour, de sa substance charnelle, me faire des retours arrière,
    Rêves de flash-back essentiels du matou miséricordieux.

    Et si les chrétiens du pays attestent solennellement
    Qu’il n’y a pas de chat au paradis, je n’ai qu’à leur faire un dessin
    Devant tous leurs yeux ébahis, qu’ils y sont éternellement
    En train de ronronner ravis sur les girons de chaque saint.

    Je revois sans cesse l’image de mon chat en train de courir
    Le long de mon appartement lorsque le soleil est radieux.
    Et je tiens à lui rendre hommage car lorsque je l’ai vue mourir,
    J’ai vu son âme parfaitement sauter sur les genoux de Dieu.

    Tableau de Jeramondo Djeriandi.

  • Souvenirs de par-ci, par-là

    Ces souvenirs qui me rattachent aux lieux où j’ai tracé ma route ;
    Route du tendre accompagnée, route des vins entre lacets,
    La nostalgie qui s’en détache, instants qui m’ont mise en déroute,
    Collectionner pour témoigner d’amours furtives entrelacées.

    Petit’ Tour Eiffel clignotante, coupe de fruits peinte à la main,
    Verre en cristal de baccarat, médailles gravées d’aphorismes,
    Dans ma vitrine ventripotente, soumise à tous les examens
    Pareille au musée d’apparat qu’est mon addiction au tourisme.

    Pourtant non, je suis casanière, je préfère voyager chez moi
    De mon salon made in France à ma chambre au thème africain,
    De ma cuisine marinière et lecture au fil au chinois,
    De ma salle de bains à outrance avec gadgets américains.

    Je n’y ai jamais mis les pieds ; tout ça n’est qu’une mise en scène
    Faute d’errance autour du monde, mes racines sont enterrées.
    Ces bibelots forment un trépied qui me fait traverser la Seine
    En bateau-mouche où vagabonde l’esprit du voyage éthéré.

    Tableau d’Evelina Vine.

  • Entre le cœur et la raison

    Entre le cœur et la raison, le corps et l’âme sont en balance ;
    L’argent n’achète pas l’amour mais la vie exige son dû.
    Sans doute qu’au fil des saisons, l’alternative me relance
    Et je marie avec humour cet oxymore des plus ardus.

    Entre le cœur et la raison, je vole entre deux courants d’air ;
    La religion m’ouvre le cœur mais le ferme à la liberté.
    Je pourrais sans comparaison arguer que je suis solidaire
    De conserver l’esprit moqueur du cœur d’enfant en puberté.

    Entre le cœur et la raison, je peux choisir et l’annoncer ;
    Entre la carrière et les siens, l’élévation reste indécise.
    Chacun voit devant sa maison ce à quoi il doit renoncer
    Pour son plaisir théoricien ou sa passion la plus concise.

    Tableaux de Christian Schloe et Megan Laurel.

  • Les fleurs bleues de l’ennui

    Souvent les femmes télépathes, dans leurs petits jardins secrets,
    Vivent nues pour communiquer avec les fleurs bleues de l’ennui.
    Les p’tits animaux à quatre pattes participent au rite sacré
    Car ils ne cessent de tourniquer aussi bien de jour que de nuit.

    Les papillons sont messagers des pensées qui poudrent leurs ailes
    Avec des couleurs d’émotions accordées aux cœurs émetteurs.
    Du petit amour passager aux grandes passions pleines de zèle,
    On voit les fleurs en dévotion envers les penchants prometteurs.

    Les bleus de l’âme, les blues du cœur reflètent parfois les chagrins
    Dont elles vident les esprits, qui ont souffert au champ d’honneur,
    Des occasionnelles rancœurs sous la forme de tout petits grains
    Que les fleurs de joie s’approprient pour les transformer en bonheur.

    Tableaux de Chie Yoshii.

  • La tentation de Saint-Tintin

    La tentation de Saint-Tintin

    Tintin n’est pas trop colérique ; depuis son retour d’Amérique,
    Il laisse au Capitaine Haddock les meilleurs coups de sang ad hoc.
    Tintin n’est pas trop tête en l’air mais, très malin, ayant du flair
    C’est le Professeur Tournesol qui perd plus souvent la boussole.

    Tintin n’est pas trop soupçonneux mais tellement précautionneux
    Qu’il confie le rôle de police aux Dupondt, les flics sans malice.
    Tintin n’est pas trop casse-couilles mais plutôt l’as de la débrouille
    Hormis lorsque notre champion affronte Séraphin Lampion.

    Quand Tintin tombe sur un os, c’est faute à Rastapopoulos
    Et la bande patibulaire d’Allan, Jorgen, Sponz et Muller.
    Il ne fait pas de tralalas à propos du triste Abdallah
    Sauf lorsque ce dernier lui dame son meilleur pion au jeu de dames.

    C’est pourquoi l’aspect féminin est relégué au cas bénin
    D’une cantatrice excentrique, un peu mytho, égocentrique
    Et c’est à peu près tout ma foi… pas d’autre femme toutefois.
    On peut le dire désormais : Saint-Tintin ne faillit jamais.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Transatlantique

    Transatlantique

    La traversée de l’Atlantique n’est pas la même pour tout le monde ;
    De Christophe Colomb à Lindberg, à chacun la voie qu’il préfère.
    Moi qui suis plutôt lunatique, je laisse mon cœur qui vagabonde
    Louvoyer entre les icebergs et les courants célérifères.

    Avec les bandes dessinées, de Tintin à Corto Maltese,
    J’ai suivi la route du rhum dérivant vers l’Eldorado.
    Ce qui m’était prédestiné puisque sur Terre, en charentaises,
    Les chemins mènent toujours à Rome aussi bien en train qu’en radeau.

    J’ai fait, de coquilles de noix, tellement de bateaux marchands,
    Militaires ou bien de croisière que, de la mer de Marmara
    J’ai vogué depuis les Chinois jusqu’aux Indiens s’effarouchant
    Qui, le matin de leurs visières, lorgnent les chutes du Niagara.

    Illustration de Joost Swarte.

  • Par minous en couleurs

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs et blancs, drôle de couleur !
    La queue dressée et dominante, bondissez sur les toits brûlants
    Ensemble avec tous les minous, les pépères, les souffre-douleurs,
    Courir dulcinées, rossinantes et leurs miaulements stridulants.

    Soyez bienvenus parmi nous, chats roux, chats teignes et chats tigrés !
    Avec la patte de velours qui contient des griffes de fer
    Pour faire se mettre à genoux les chats étrangers immigrés,
    Siamois et tonkinois balourds et autres ennemis à défaire !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats bleus, chats verts et vert-de-gris !
    Allez semer la zizanie chez les rats cucul-la-praline !
    Souris, oiseaux et lapinous du plus gros au plus rabougri
    Clament la démonomanie de votre puissance féline !

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Par minous en noir et blanc

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs, chats gris et gris-foncé !
    Venez nous visiter la nuit ; nous y sommes gris et lunatiques.
    Glissez dans la peau du minou tout votre corps de défoncez
    Tout ce qui heurte, tout ce qui nuit aux envies les plus orgastiques !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats gris, chats clairs et blanc-cassé !
    Vivez avec modération pour de nouvelles expériences.
    Venez donc vous mettre à genoux sans vraiment vous décarcasser
    Devant une sidération de chattes dans la luxuriance !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats blancs, albâtre et chats laiteux !
    Venez donc vous reconvertir dans de nouvelles traditions ;
    Goûter des souris choupinous, apprécier les fruits velouteux
    De ce qui va vous divertir dans de nocturnes expéditions.

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Pragmatisme

    Pragmatisme

    Si peu importe les moyens pour arriver au résultat
    Est l’apanage du pragmatique, examinons-en les nuances
    Sinon n’importe quel citoyen pourrait faire sa vendetta
    Avec des plans fantasmatiques en usant de son influence.

    Un autre qui, par ses actions, privilégie l’utilité
    Par l’efficacité qu’il crée, et qui s’adapte aux circonstances,
    Puis met en œuvre des solutions propres visant à faciliter
    Des résultats nets et concrets, fera valoir ses compétences.

    Quant au pragmatique en amour qui, par un jeu de séduction,
    Saute les barrières des cœurs, quitte à grimper au cocotier…
    Laissons les femmes avec humour, faire leurs propres déductions
    Du pragmatisme à contrecœur ou au contraire bien volontiers.

    Illustration de Mordillo.

  • Demoiselle Papillon

    Demoiselle Papillon

    Ouvrez, ouvrez les papillons au premier coup de balançoire,
    Tous ces petits moulins azur en totale décontraction !
    Tournez, tournez en tourbillons sans que rien ne puisse surseoir
    À faire au fur et à mesure une échappée à l’attraction !

    Qui donc est cette demoiselle, dresseuse de lépidoptères ?
    Une bergère qui a cessé de jouer à saute-mouton
    Et dont les jambes de gazelle préfèrent jouer à l’hélicoptère
    Avec pieds et mollets dressés toujours plus haut que le menton.

    Elle porte juste un déshabillé et des petits dessous brodés
    Qui donnent envie de convoler, tant son spectacle est affublant.
    Mais tandis qu’elle a vacillé d’un mouvement accommodé,
    La balançoire s’est envolée, pendue à un nuage blanc.

    Tableau d’Alisa Williams sur https:fineartamerica.comprofilesalisa-williams .

  • Fabienne et ses chaussures

    En chaussures ou en godillots, Fabienne voit le monde à ses pieds
    Comme pionnière randonneuse qui vit sa vie bon pied, bon œil.
    D’ailleurs en cas d’imbroglio, elle sortira de ce guêpier
    Avec la mine ronchonneuse en courant autant qu’elle le veuille.

    Quels que soient les souliers à clous ou les pompes bien ajustées,
    Fabienne continue de penser qu’il n’y a que le premier pas qui coûte.
    Godasses ou grolles, Pas de jaloux ! Tout est bon pour tarabuster
    Avec semelles compensées celui ou celle qui la dégoûte.

    Mais pour taper, botter, shooter, rien ne vaut les bottes effilées
    Pour bien se faire respecter des garçons autant que des filles.
    Et pour se faire chouchouter, il lui suffira d’enfiler
    Les fameuses pantoufles suspectées du lui faire enfler les chevilles.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Couleurs de saison

    Puisqu’il n’y a plus de saison mais un temps pourri continu,
    Supprimons l’hiver inutile et réorganisons l’année :
    Un printemps qui montre son nez avec un petit soleil vert,
    De petites pluies sur les lèvres pour ne pas faire la fine bouche.

    L’été, bien sûr, est conservé mais à responsabilité
    Limité par des fronts d’orages la nuit pour arroser les champs
    Et la chaleur, sans canicule, contrôlée et habilitée
    À complaire aux filles bronzées et faire de beaux soleils couchants.

    De l’or, de l’ambre et de la rouille comme un beau visage d’automne ;
    Un soleil d’or matin et soir, une lune d’argent la nuit.
    Voilà enfin mes trois saisons que je prie le ciel d’accorder
    Et j’en ferai la météo en prose, en vers, comme il se doit.

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  • Guitare blues et autres couleurs

    Guitare blues et autres couleurs

    Ma guitare encore un peu verte, fraîche sortie du magasin
    M’obligeait à me dérouiller les dix doigts encore immatures.
    Je partais à la découverte des premiers accords assassins
    Avec barrés à se brouiller avec ces damnées tablatures.

    Avec des blues dégoulinants à faire couiner la chanterelle,
    Il fallait courir sur le manche à doigts chassés, à doigts glissés
    Et l’autre main tambourinant, cadence plus ou moins naturelle,
    L’instrument posé sur la hanche, la bouche en cœur, les yeux plissés.

    L’apprentissage durait longtemps mais le temps s’arrêtait d’autant ;
    Je me délectais des ballades suivant la partition du tendre
    Que vibraient tant en remontant dans des arpèges tressautant
    Jusqu’à l’ultime dégringolade mes cordes prêtes à se distendre.

    Collage de Laura Heine.

  • Nectar de Lune

    Nectar de Lune

    Tout au long des trois nuits gibbeuses, vous trairez les rayons de Lune,
    Mettrez leur laitance opaline à décanter trois nuits suivantes.
    Après dans la forêt tourbeuse, mêlez-y trois brins de callunes,
    Trois pétales de digitaline et trois pistils de salivante.

    Après il suffira d’attendre encore cinq à six semaines
    Pour que l’élixir précipite dans une couleur égrégore
    Qu’il suffira alors d’étendre sur la plante à figure humaine
    Qui déjà frémit et palpite et se révèle mandragore.

    Après vous pourrez à votre aise y tremper une souris verte
    Pour obtenir un avatar d’escargot au goût d’artichaut
    Que vous chaufferez sous la braise pour partir à la découverte
    Du nec plus ultra des nectars à consommer tant qu’il est chaud.

    Illustration de Moonmxtr.

  • Les réseaux sociopathes

    Les réseaux sociaux n’ont cessé de se répandre en société
    Au point qu’ils voudraient s’connecter directement dans notre chair.
    Bientôt les humains empressés de s’échanger à satiété
    Auront des puces affectées à nos messages les plus chers.

    Déjà on drague par téléphone et bientôt par télépathie ;
    On se scannera les pensées par l’intimité sans frontière.
    On n’est plus seul dans cette faune immergée dans l’antipathie
    Grâce au sex-appeal compensé par la technique intermédiaire.

    Par malheur la perversité suivra l’envolée du progrès ;
    Pédophiles, exhibitionnistes et violeurs interconnectés
    Scanneront quartiers et cités sur des bancs publics intégrés
    Aux réseaux conspirationnistes dont nous serons tous infectés.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Ève revisitée

    En reprenant comme modèle l’Ève innocente et naturelle,
    Beaucoup de peintres ont vu en Dieu un misogyne manifeste
    Qui devient alors infidèle envers la question culturelle
    Concernant le péché odieux ainsi que son fruit indigeste…

    …Qui, s’il avait été une rose plantée dans le jardin sacré,
    Une variété d’hortensia, de magnolia ou d’aubépine,
    Une fois piqué l’Ève morose, elle se serait alors consacrée
    À planter dans son noviciat plutôt des roses sans épine.

    Si au lieu du jardin d’Eden, elle était née près de la mer,
    Elle aurait fait la connaissance des coquillages défendus.
    Sa peau de façon si soudaine aurait pris un teint outremer
    Et elle aurait donné naissance à des filles au sexe fendu.

    En déplaçant à la montagne l’Ève revue et corrigée,
    Le serpent, couleuvre ou vipère, n’aurait rien eu de séduisant.
    Alors Adam et sa compagne se seraient alors dirigés
    Vers un naturisme pépère sans que cela soit méprisant.

    Tableaux de René Magritte sur https:dantebea.comcategorypeintresrene-magritte .

  • Marie-Hélène & Jean-Lou

    Marie-Hélène & Jean-Lou

    En jupe à fleurs, Marie-Hélène, un peu vieux-jeu et démodée,
    Avait rendez-vous chez son père vivant à l’orée des forêts.
    La route n’était pas si vilaine malgré l’odeur incommodée
    Quand elle passa près du repaire du loup prêt à la dévorer.

    Jean-Lou se léchant les babines la dégustait déjà des yeux ;
    Marie-Hélène lui accorda une demi-heure dans sa roulotte.
    Et la voici qui se dandine pour embrasser le loup vicieux
    En déposant tout son barda, la jupe, le t-shirt, la culotte.

    Comme il la menait en bateau depuis les contes de Perrault,
    Marie-Hélène s’éclipsa mais en emportant sa charlotte
    Qu’elle put, cerise sur le gâteau, donner à père pour l’apéro
    Dont il trouva, couci couça, la fève en bouton de culotte.

    Illustration d’Aron Wiesenfeld.

  • Toujours ces fichus trous de mémoire

    Toujours ces fichus trous de mémoire

    Aussitôt j’ai changé de pièce, l’idée est restée dans la chambre ;
    Le corps a gagné la cuisine mais l’esprit erre dans les couloirs.
    Il faudrait que mon cœur acquiesce, que mes souvenirs se remembrent
    Et que ma mémoire emmagasine tout ce que j’ai mis dans mon foutoir !

    Mais voilà, ma mémoire est nue. Dès que je l’habille à la mode
    Des nouveautés au goût du jour, j’en oublie tout le lendemain.
    Que sont mes pensées devenues dans ce grand trou que j’accommode
    En moi tout au long du séjour avec ses milliers de chemins ?

    Voilà c’est exactement ça : je me suis trompé de chemin ;
    Les souvenirs s’en vont à gauche et ma mémoire les range à droite.
    Et quand le problème commença comme je n’avais rien sous la main,
    J’n’ai jamais pu noter l’ébauche d’une solution adéquate.

    Tableau de signature illisible.

  • Circé

    Circé est fille du Soleil et de Persé, l’océanide ;
    Elle vivait dans un palais sis au milieu d’une clairière.
    Comme elle n’avait pas son pareil pour tromper les hommes candides,
    Elle transforma ces gringalets en louves et lionnes guerrières.

    Elle conçut un filtre magique qu’elle aurait fait boire à Ulysse
    Pour changer ses marins en porcs et les garder à sa merci.
    Mais la farce vira au tragique car le héros dans les coulisses
    Put examiner le rapport d’Hermès et tout fut éclairci.

    « Adieu Circé, tu m’as trompé, je t’ai baisée ; nous sommes quittes !
    Quant à nos enfants, garde-les ; j’en possède déjà à foison.
    Mon couteau en acier trempé m’a permis une blague inédite
    Car j’ai pu désensorceler tes animaux en pâmoison ! »

    Tableau de Louis Chalon.

  • Que restera-t-il après nous ?

    L’enfant est l’avenir des siens, la femme est l’avenir de l’homme ;
    Lui, de qui est-il l’avenir ? Voilà la question du moment.
    Pourra-t-il devenir martien ou vénusien par son génome ?
    Malgré le progrès à venir, rien n’est écrit dans les romans.

    Heureusement il y a la guerre, les catastrophes, l’épidémie
    Et la généralisation de l’envie de changer de sexe.
    Mais bon, on a appris naguère que notre monde s’est démis
    Nombre de civilisations de la plus simple à la plus complexe.

    De l’homme naîtra un mutant qui lui aussi s’effacera ;
    Du mutant en naîtra un autre durant beaucoup de millénaires.
    Et puis un Adam débutant, féminisé arrivera
    Hermaphrodite et bon apôtre dans une vie imaginaire.

    Illustrations de Philippe Caza.

  • Même pas peur !

    Même pas peur !

    Pas peur du loup, du loup garou, gare au gorille, et cætera !
    L’amour est une rose sans épine mais qui s’y frotte s’y piquera !
    Qu’il soit blondinet, brun ou roux, mon appréhension se taira
    Pour laisser l’âme galopine de mon cœur qui l’attisera.

    Le loup restera sur sa faim s’il pense me croquer le cœur
    Car sa gueule se refermera sur un brin de chardons ardents.
    Lui qui croyait être aux confins du septième ciel du vainqueur
    Dans la fosse se retrouvera à ne rien se mettre sous la dent.

    Alors, jeunes loups aux dents longues, ne sous-estimez pas la proie
    Dont le cœur vous paraît si tendre mais dont l’âme cache dans l’ombre,
    Derrière sa jolie tête oblongue, une défense à votre endroit
    Qui vous mettra sans plus attendre dans embarras et sans encombre.

    Tableau d’Alfred Glouton extrait de « L’art d’en bas au musée d’Orsay ».

  • Les feux follettes

    Il n’y a pas de fumée sans feu ni de feu follet sans sorcières,
    Ni de Nymphes ou de fées-des-bois dans les forêts de ma région.
    Et inutile de faire un vœu ni de placer de souricière
    Pour en capturer deux ou trois car, au matin, elles sont légion.

    Et justement pour faire honneur aux statistiques précitées,
    Les forêts suisses, et notamment celle qui jouxte ma maison,
    Permettent au petit bonheur la chance de vous susciter
    Un sentiment étonnamment qui trouble le cœur et la raison.

    Car sur les souches des grands arbres, majestueux et authentiques,
    Champignons hallucinogènes et vénéneux de toutes sortes,
    Pareilles à des statues de marbre, Vénus et déesses antiques,
    Montent ces beautés psychogènes pour que le diable vous emporte.

    Sans doute ces apparitions, destinées à vous faire peur,
    Masquent des secrets alchimiques par leurs volutes phosphorés.
    Connaissant la répartition de ces rémanentes vapeurs,
    Voici la carte toponymique que j’ai tracée dans ma forêt :

    En fait, non, vous n’en saurez rien car au moment où j’écrivais,
    Ma muse est sortie de son pot – mon encrier – à point nommé
    Me dire d’un ton luciférien que si un jour je décrivais
    Le moindre indice à leurs propos, elles pourriraient ma renommée.

    Illustration de Zool sur https:www.artstation.comzoolart .

  • Mes rêves de la montagne en relief

    Une ligne droite en montagne devient une ligne fractale
    Car la droite n’existe plus à cause du gauchissement
    Qui a transformé les campagnes en un terrain périnatal
    D’où naissent ce qui a complu aux dieux en avachissement.

    Ils divisent pour mieux régner et disloquent monts et vallées
    Pour brouiller les langues à l’eau de patois incompréhensibles.
    Véritables toiles d’araignées linguistiques qui vont avaler
    La bonne entent3 dans un halo de jalousies les plus sensibles.

    Les lacs incarnent les diplomates qui joignent d’amont en aval
    Tous les courants forts torrentiels aux rivières un peu plus placides.
    Le calendrier automate y organise des carnavals
    Comme armistice providentiel, une purge ou un vermicide.

    Tableaux 3D de Nerdzilla sur https:nerdzilla.com.brpapel-em-camadas-3d-layered-paper-art .

  • Mes rêves de la mer en relief

    Je me méfie d’une mer calme car elle ne le reste pas longtemps ;
    Il suffit qu’un front froid l’excite – sans doute à cause d’un papillon –
    Et qu’il lui chatouille les palmes pour qu’un emportement latent
    Fasse tout ce que nécessite ses colères et ses tourbillons.

    Je me défie de ses tempêtes qui, à la faveur de la nuit,
    Attaquent brusquement les phares pour leur dérober la lumière.
    Et des vents sonnent les trompettes des troupes qui trompent l’ennui
    En faisant vibrer la fanfare de Neptune en avant-première.

    Et je redoute les répliques que la mer fait à l’océan
    Qui ne jure que par sa force face aux bourrasques maritimes.
    Alors je rêve qu’il m’explique pourquoi il sort de son séant
    Lorsqu’elle demande le divorce pour ses amours illégitime.

    Tableaux 3D de Nerdzilla sur https:nerdzilla.com.brpapel-em-camadas-3d-layered-paper-art .

  • La toréadore

    La toréadore

    Europe, une jeune Phénicienne attira un jour l’intérêt
    De Zeus, dieu sans équivalent, par sa vénusté andalouse.
    Comme il voulait la faire sienne et qu’elle semblait obtempérer,
    Il se changea en taureau blanc à cause de sa femme jalouse.

    Mais le taureau fut rouge-sang, sans doute une erreur de dosage
    Et pour échapper à Héra, ils durent s’enfuir en Espagne.
    Ils vécurent en se trémoussant – comme là-bas il était d’usage –
    Dans les arènes et l’opéra, à la ville comme à la campagne.

    Europe se fit toréadore et acquit sa notoriété
    En pratiquant entièrement nue le métier de dresseur d’auroch
    Et devint la conquistadore envers la haute société.
    Parmi leurs enfants reconnus, l’un d’eux fut célèbre au Maroc †.

    (Tableau de Kolobova Margarita
    † mais ça, c’est une autre histoire.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le zodiaque érotique

    Si les planètes parlaient d’amour plutôt que de révolutions,
    Les femmes qui viennent de Vénus et les hommes qui viennent de Mars
    Seraient en conjonction le jour et la nuit en reproduction
    Avec malus ou bien bonus selon les conjonctions éparses.

    Le Soleil serait super-mâle et la Lune super-femelle ;
    Ils s’écriraient des billets doux que Mercure propagerait ;
    Jupiter, force maximale, patronnerait les belles mamelles,
    Saturne courrait le guilledou avec ses beaux anneaux dorés.

    La libido augmenterait selon les phases d’Uranus,
    Ainsi que celles de la Lune dont nous connaissons l’attraction.
    Ainsi l’étalon banderait grâce à l’action sur son phallus
    Du magnétisme de Neptune par la puissance de l’érection.

    Tableau de Nikolay Sednin sur https:arthive.comfrsedninstories11790 .

  • Les toréadores

    J’avoue que la tauromachie gagnerait à ce que les machos
    De la bande des toréadors passent derrière les barricades
    Pour laisser la matriarchie faire reculer les fachos
    Afin qu’enfin le taureau d’or ait l’honneur d’une cavalcade.

    Que les toréadores nues sous leur robe rouge-écarlate
    Courent devant ces belles cornes en tressautant comme un flambeau !
    Simplement ces bêtes cornues auront les extrémités plates
    Afin que les pointes n’écornent que l’étoffe qui parte en lambeaux.

    L’alliance de la belle et la bête nous offrirait un beau spectacle ;
    Un strip-tease assez singulier qui défend la cause animale.
    Si mon projet sans queue ni tête ne rencontrait aucun obstacle,
    J’en s’rais spectateur régulier avec délices maximales.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le zodiaque de Denderah

    Toutes les interprétations de la dimension du zodiaque
    Sont toutes aussi vraies qu’erronées selon comment je les contemple.
    L’Égypte en est l’imprécation par ses nombreux dieux démoniaques
    Car Denderah l’a claironné et peint aux plafonds de ses temples.

    Osiris, Isis, Seth, Horus, avec leurs têtes d’animaux
    Composent le premier bestiaire qui aurait inspiré Noé ;
    Amon et Râ font le chorus des astres aux effets maximaux
    En fécondant la Terre entière de Memphis à Arsinoé.

    Avec Ptah, le dieu créateur, divinité de la sculpture,
    Voilà le temps des pyramides, voici la vie au bord du Nil.
    Avec Toth, le dieu médiateur de la sagesse et l’écriture,
    Geb dieu des terres encore humides, Hathor à jamais juvénile.

    Anubis, tête de chacal et dans la mort, l’enfer me ment ;
    À Nout, mon ciel et mes idylles ; à Sekhmet le féminin sacré ;
    À Bastet, mon chat amical ; à Nephtys mon discernement ;
    Sobek, tête de crocodile et mes sirènes consacrées.

    La 1ère illustration est de Domenico Valeriano sur http:jfbradu.free.fregypteLES%20TEMPLESDENDERAHplafond-denderah.php3?r1=6&r2=1&r3=0 .

  • L’autre Margot

    L’autre Margot

    Margotton, la jeune bergère ayant trouvé un petit chat
    Ne connu pas vraiment l’histoire que l’on chante dans la légende.
    Lorsque arrivèrent les mégères ivres de colère, elle s’arracha
    Avec le chat ostentatoire, son bâton et sa houppelande.

    Elle partit sous les tropiques et revendit la houppelande,
    Puis vécut d’amour et d’eau fraîche, les seins nus comme une garçonne.
    Enfin bref, une vie typique dans les forêts de Thaïlande
    Pour une fille un peu revêche qui n’avait besoin de personne.

    Le chat, la prenant pour sa mère, put la téter de tout son soûl
    Et Margot, pourtant sans enfant, continua à l’allaiter.
    Les autochtones, moins sommaires, lui en offrirent quelques sous
    Et son commerce triomphant fructifia durant mille étés.

    Tableau d’Emilia Cilento.

  • Les combats de radiateurs

    Les combats de radiateurs

    Te souviens-tu du Colisée et ses arènes noires de monde
    Venu assister au combat de farouches radiateurs ?
    Tous les peuples coalisés et les barbares les plus immondes
    S’assenaient feintes et coups bas sous la chaleur des projecteurs.

    Moi-même, dans une autre vie, ai combattu héroïquement
    Contre les légions de César, jovialement sur le sable chaud.
    Je fus blessé sur le parvis, j’ai continué stoïquement
    Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un lézard pour m’affronter durant le show.

    Colosses d’airain aux pieds de fonte, je salue vos échauffements ;
    Toi le numide qui transpire et toi, le sauvage central !
    Avancez et n’ayez pas honte de vos moindres trémoussements
    Quand vous luttiez contre l’Empire de Rome en ce lieu théâtral !

    Tableau d’Edouardo de la Maneta Calda y Termosta Poquitofrio extrait de « L’art d’en bas au musée d’Orsay ».

  • Prolongations de l’âme

    Par le p’tit bout de la lorgnette, ma vision plonge l’intérieur
    En descendant les timorés petits pas vers la connaissance ;
    Des cases mémoires aux vignettes enregistrées pour d’ultérieurs
    Besoins de se remémorer mon vécu depuis ma naissance.

    Et je remonte par le premier battement de mon proto-cœur
    Et je rejoue la partition selon le rythme proposé.
    Et tout redevient coutumier depuis la première rancœur
    Et la première déception que l’extérieur m’a imposées.

    L’expérience éclaire le passé mais ne montre pas l’avenir ;
    Je dois sortir du formatage subit pour aller de l’avant.
    Sans le savoir j’ai dépassé à l’étage des souvenirs
    L’escalier qui mène à l’étage de l’ignorance des savants.

    Photos de Sergio Feldmann.

  • Sirènes des eaux sombres

    Il n’y a pas de feu sans fumée, il n’y a pas de feu dans l’eau
    Et la lumière vient à manquer dans les profondeurs abyssales.
    Neptune aurait pu assumer un bleu-Marine plus pâlot
    Et des sirènes efflanquées de poissons-lunes en arrière-salle.

    Jetant du plancton phosphoré dans la fosse des Mariannes,
    J’ai pu observer des chimères pelotonnées dans les eaux sombres.
    Elles nageaient dans la forêt faite de mille fils d’Ariane
    Par les marins perdus en mer et qui cherchaient en vain leurs ombres.

    Queue de poisson ou tentacules ? Il y avait trop peu de lumière
    Pour distinguer l’anatomie des quelques sirènes entrevues
    Mais elles m’ont de leur pédoncule donné comme impression première
    Qu’elles possèdent une autonomie telle que j’n’en avais jamais vue.

    Illustrations de Xander Smith et Stephen Najarian.

  • Mon troisième œil

    Mon troisième œil

    Mon cerveau gauche n’a rien perçu, il est logique et fonctionnel ;
    Mon cerveau droit l’a aperçue, intuitif et émotionnel.
    Du moins c’est ce qu’ils me font croire dans cet univers d’illusion
    Car ce serait la mer à boire que sortir de cette confusion.

    Est-ce mon double féminin ou la version abandonnée
    Qu’un ange aurait trouvé bénin qu’un dieu le lui ait ordonné ?
    Vue à moitié, c’est pessimiste si c’est un rêve à redouter
    Ou bien au contraire optimiste si je me mets à en douter.

    L’œil qui rêve, sans doute lucide quand l’esprit et le corps s’endorment,
    Seconde l’âme qui élucide ce qui se cache derrière les formes.
    Et ce qu’il voit dans l’invisible et les ténèbres qui le cernent
    Est ce destin imprévisible envers tout ce qui me concerne.

    Tableau de Quasarai.

  • De l’autre côté du mur

    De l’autre côté du mur

    De l’autre côté du miroir, Alice a vu comment c’était
    Mais de l’autre côté du mur, ça c’est plutôt moi qui l’ai fait.
    Imaginez comme un tiroir qui traverserait les étais
    De la cloison dans un murmure, puis un silence stupéfait.

    Il y avait un vieux monsieur et un oiseau fortuitement
    Dans un capharnaüm de plantes et d’ustensiles de vaisselle.
    Ce passage irrévérencieux m’ayant privée de vêtements,
    J’arrivai nue, gesticulante mais épilée sous les aisselles.

    Je demandai au couple étrange pour calmer un besoin urgent
    S’ils auraient l’amabilité de me donner un verre d’eau.
    « Que me donnez-vous en échange ? Vous êtes nue et sans argent
    Et, en toute éventualité, j’n’ai nulle envie de libido ! »

    Le mur ne me laissant passer que par un aller sans retour,
    Je lui proposai de danser et chanter comme une jouvencelle.
    Il me regarda, compassé, et me suggéra sans détour
    De me rendre au pas cadencé à l’évier faire la vaisselle.

    J’ai accepté, il m’a logée mais ni blanchie ni habillée
    Car son studio est retranché derrière un espace infini.
    J’ai pu enfin me déloger de ce piège grâce à un billet
    Trouvé à même le plancher qui disait : « Ton rêve est fini ! »

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • L’Oracle de Delphes – 2

    L’oracle de Delphes m’a parlé cette nuit des réalités
    De l’existence des héros, l’humanité et son essor.
    Il n’y a pas eu de pourparlers pour parer l’éventualité
    D’un mauvais tirage au tarot qu’elle interrogeait sur mon sort.

    Par l’arbre de la connaissance, l’arbre de vie après la mort
    J’ai remonté tous mes ancêtres aux branches infinitésimales
    Du fil coupé à ma naissance comme un témoin qui commémore
    Toutes les âmes qui s’enchevêtrent dans mes racines animales.

    De ses yeux aveugles fermés mais qui percevaient les échos
    Qui émanaient de mon passé jusqu’à l’avenir infini,
    Elle m’a alors affirmé que j’arriverai ex-æquo
    Après avoir outrepassé mon intrinsèque Kundalini.

    En une fraction de seconde, j’ai vu une lumière blanche
    Et l’ange noir qui me guidait vers l’espace-temps à l’envers.
    J’entrai alors dans l’autre monde à la vitesse d’une avalanche
    Immatérielle qui accédait au Créateur de l’Univers.

    Tableaux de Gianluca Gambinov sur https:arteaunclick.es20160330gianluca-gambino-arte-digital-surrealismo .

  • L’Oracle de Delphes – 1

    Que la Pythie vienne en mangeant ou, pourquoi pas, à bicyclette
    Et qu’au moins une fois par mois, elle me livre les plans de Dieu !
    Et si ce n’est pas dérangeant, j’aimerais voir à l’aveuglette
    Ce qu’il y a au fond de moi, dans mon cœur miséricordieux.

    Or la Pythie m’a pris au mot, au propre comme au figuré,
    A plongé sa main dans mon buste et en a retiré le cœur
    Dont elle a extrait tous les maux afin de le transfigurer
    Et l’apprêter pour un auguste destin d’un conquérant vainqueur.

    Puis, mimant la rose des vents d’une Vénus à girouette,
    Elle m’a annoncé l’amour, celui qui soulève les montagnes.
    Mais je dois aller au-devant de ces miroirs aux alouettes
    Qui me brocardent avec humour pour m’éloigner de ma compagne.

    Enfin, cerise sur le gâteau, elle m’a délivré le passage
    Qui garantit une autre vie quand j’abandonnerai mon corps.
    Si elle ne m’mène pas en bateau, je m’efforcerai d’être sage
    Et j’en proclamerai l’avis à qui voudra me suivre encore.

    Tableaux de Tertia du Toit sur https:www.tertiadutoit.com .

  • L’amour qui fait rêver

    L’amour qui fait rêver

    De plus en plus souvent lorsque je veux écrire
    Un poème d’amour, un poème du soir,
    Je ferme un peu les yeux un moment pour proscrire
    Ce qui peut nuire à l’âme et à mon cœur surseoir.

    Et soudain je m’endors, je ne sais pas comment,
    Et le rêve démarre au dernier mot choisi.
    Plus rien ne me contrôle dans le nouveau roman
    Qui m’ouvre enfin ses portes d’une humble courtoisie.

    L’âme nue, le cœur pur, sans le corps limité
    Par l’esprit timoré, étriqué du terrien.
    L’amour poursuit la route en tendre intimité
    Et la main qui écrit ne se souvient de rien.

    Au réveil je relis mes écrits sans comprendre
    Comment j’ai parcouru ça dans mon rêve étrange.
    Le secret de l’amour, c’est lui laisser m’apprendre
    Ce que je n’ose pas et pourtant me dérange.

    Tableau de Francisco Lomeli Bustamante sur https:conchigliadivenere.wordpress.comtagiran-lomeli et sur https:catrina-burana.livejournal.com21809.html .

  • Perséphone & le Minotaure

    Perséphone & le Minotaure

    On dit qu’ils eurent une aventure dans le dédale des amours ;
    L’une cherchait comment sortir et l’autre comment pénétrer
    Dans le cœur de la créature en usant de charme et d’humour
    Pour la séduire et la blottir entre ses gros bras empêtrés.

    Car au milieu du labyrinthe, il avait fait sa garçonnière
    Avec une vue imprenable sur le palace de Minos.
    Les murs ont connu les étreintes du geôlier et sa prisonnière
    Et des plaintes insoutenables durant la nuit même de leurs noces.

    Qu’est donc Perséphone devenue une fois son amant occis
    Par ce fou furieux de Thésée qui fut lors déclaré vainqueur ?
    Elle a dû s’enfuir toute nue dans une totale paradoxie †
    Car elle avait sympathisé, avec son beau bourreau des cœurs.

    (Tableau de Nightlarke ;
    † La paradoxie est un concept qui met en évidence une contradiction, une opposition ou une incohérence entre deux éléments ou deux idées ; j’ai bien aimé placer ce mot ici.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Les femmes-chattes

    Pour changer des femmes-poissons, ce soir je rêve de femmes-chattes
    À longue queue qui ne remue que lorsque je les impatiente.
    Mais si je leur offre des moissons de caresses d’une douce patte,
    Elles se montrent tout émues, ronronnantes et stupéfiantes.

    Mais comment les apprivoiser et faire patte de velours ?
    Sans doute en offrant à manger quelqu’alléchantes mises en bouche.
    Et pour les faire pavoiser, ne jamais se montrer balourd
    Mais proposer à échanger quelques chatteries sous la couche.

    Mais attention aux coups de griffes et aux coups de dents acérées !
    Heureusement il y a des signes révélateurs de leurs humeurs.
    Car se conduire en escogriffe risque de se faire serrer
    Afin de subir la consigne… mais ce ne sont que des rumeurs !

    Illustrations de blowyourmindai.

  • Mes racines spirituelles

    J’aimerais raccorder mon âme à ses racines spirituelles
    Pas celles de la religion qui m’apparaissent inadaptées
    Mais celles qui donne le sésame à ma vie individuelle
    Pour se connecter aux légions métaphysiques à capter.

    Débrancher la réalité pour d’autres courants de pensées,
    Sortir de ma boîte crânienne et m’épanouir autrement.
    Ressentir ma dualité avec une force dispensée
    Par mes sources océaniennes, de feu, de terre et d’errement.

    J’entends les réponses du vent à mes questions déterminantes,
    Je perçois dans l’obscurité les portes que je dois franchir,
    Je sens les effluves adjuvants dans les tempêtes pertinentes
    Et je touche à la vérité qui demain saura m’affranchir.

    (Tableaux de Kelly McKernan sur kellymckernan.com

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les trois soleils de Lucie

    Les trois soleils de Lucie

    Deux soleils bleus, un soleil d’or, voilà le trésor de Lucie
    Qu’elle transporte, qu’elle projette aux quatre horizons de la Terre.
    Lorsqu’un paysage s’endort, elle envoie avec minutie
    Les passions dont elle est sujette et leurs délices complémentaires.

    Deux soleils verts à l’heure bleue, deux soleils rouges au crépuscule ;
    Les yeux de Lucie s’endimanchent selon les nuances du temps.
    Sur bord de mer, des yeux sableux imprègnent sur la pellicule
    Des contours sur une plage blanche qui esquissent un jour débutant.

    Lucie a l’œil psychédélique qui voit ce qu’il veut sublimer,
    Qui crée de nouvelles couleurs sur de jeunes ciels cérulescents.
    Peut-être un peu machiavélique, qui irait jusqu’à élimer
    Pour éliminer ses douleurs dans des soleils opalescents.

    Gribouillage de Fabienne Barbier au téléphone.

  • Une existence bizarre

    Une existence bizarre

    Juste un soleil crevant le ciel, une lune perçant la nuit,
    Un horizon délimité et moi au milieu de tout ça.
    Et dans l’univers substantiel, ce qui me plaît, ce qui me nuit,
    Et qui fait l’équanimité d’une existence couci-couça.

    Ma vie est une chansonnette avec des refrains pour repères,
    Avec des accords harmonieux, des diminués, des augmentés.
    Et moi simple marionnette, née de ma mère et de mon père
    Et dont les fils acrimonieux m’emportent dans un bal tourmenté.

    Si la vie ne tient qu’à un fil, je m’y suis souvent accroché
    Et j’en vante la qualité car je n’ai pas su le couper.
    Il dessine ainsi mon profil vers la voie la plus rapprochée
    Du nœud de la mortalité que je suppose entourloupé.

    Tableau de Tsunemasa Takahashi.

  • Trois couleurs : matin, midi et soir

    Au matin, Madame ma Mère, était orange de stupeur
    En découvrant son rejeton aux yeux de biche effarouchée.
    Mais hélas sa laitance amère m’éveilla toutes sortes de peurs
    Envers les seins et leurs tétons qui, à ce jour, me font loucher.

    À Midi, Madame mon épouse, était écarlate de désir
    Pour offrir sa terre fertile à mon envie germinatrice.
    J’ai dû cultiver sa pelouse et son jardin de mon plaisir
    Qu’elle savait rendre érectile par ses ardeurs fornicatrices.

    Le soir, Mademoiselle ma fille, était spontanément violette ;
    Elle était le soleil couchant qui crée des rêves les plus bénins
    Aux songes merveilleux qui vacillent entre l’enfance à la volette
    Et l’adolescence débouchant sur mon éternel féminin.

    Tableaux de Nadia Waheed sur http:nadiawaheed.com2023627n4cfe7dcab2d8w5o31e72aeooz7c18http:nadiawaheed.com2023627n4cfe7dcab2d8w5o31e72aeooz7c18 .

  • La vie tranquille

    Entre hétéros, on vit tranquille malgré nos sexes compatibles
    Qui nous ont séparés en deux selon une pruderie immonde ;
    Vestiaire garçon, vestiaire fille, démarcation irréductible,
    Mais un parcours moins hasardeux pour mettre des enfants au monde.

    Entre hétéros, tout est mystère au moment de l’adolescence ;
    On joue avec nos instruments – le con sert tôt en sol mineur.
    On se découvre, on sait se taire pour souvent se voir en l’absence
    Des parents qui jugent crûment qu’on est de trop jeunes butineurs.

    Entre hétéros, les habitudes plaisent à Monsieur moins à Madame
    Qui pour changer de la routine cherchera d’autres aventures ;
    Monsieur trompera sa lassitude avec échecs et jeux de dames
    Car pour les amours clandestines, chacun ménage sa monture.

    Illustrations de Fanny Blanc sur http:www.fannyblanc.comindex.phpdessinsla-vie-tranquille .

  • L’ADN désassemblée

    L’ADN désassemblée

    En déroulant notre ADN, on ne sait pas trop quoi trouver
    À part les plans de confection de la plupart des protéines,
    Ainsi que la plupart des gènes aux caractères éprouvés
    Qui dirigent la conception de chaque héros, chaque héroïne.

    Si je désassemblais le mien, j’y retrouverais la nature
    De tous mes ancêtres communs depuis tout le règne animal.
    Du singe mésopotamien portant la même signature
    Qu’un loup, qu’un âne ou qu’un ours brun dans ce brin infinitésimal.

    Le futur n’étant pas écrit mais indiscernable à l’avance,
    Que ce démontage ne fasse que dérouler la nuit des temps !
    J’espère que mon dernier cri mettra mon code en connivence
    En espérant qu’il satisfasse un analyste plus compétent.

    Mon code infinitésimal contiendrait-il toute la vie
    Comme ces nombres irrationnels qui renferment l’univers entier ?
    Chaque plante et chaque animal pourraient lors s’estimer ravis
    Du défi générationnel dont la Nature est en chantier.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Cette Divine Nasse d’Âmes

    Cette Divine Nasse d’Âmes

    Les dieux ou les extra-terrestres – appelez-les comme vous voulez –
    Ont pris leur temps pour nous créer autant d’images que d’illusions.
    Certaines peintures rupestres montrent comment s’est déroulée
    La vie qui nous est agréée pour évoluer en cohésion.

    Depuis la Divine Nasse d’Âmes, sort une nouvelle entité
    Soufflée dans un nouveau fœtus auquel elle devra s’assortir ;
    Soit un beau mâle ou une dame, selon un plan commandité
    Qui devra faire preuve d’astuce pour réussir à s’en sortir.

    Après la mort, on récupère le fil de l’âme impressionnée
    Que l’on remet numéroté dans la Divine Nasse d’Âmes
    Laquelle d’après ces repères l’aura alors sélectionnée
    Pour recommencer à trotter parmi les milliards de quidams.

    Soit l’expérience réussit, soit elle échoue et on la jette ;
    Il paraît qu’il s’en est produit des instances incommensurables.
    C’est pourquoi avec minutie préservons notre âme sujette
    À obtenir le sauf-conduit vers un destin inespérable.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La vie, la mort et tout le reste…

    La vie, la mort et tout le reste, ça fait beaucoup pour un seul homme ;
    Pour une femme, c’est différent, ça fait de la conversation.
    Cela dit, ce serait plus digeste si les deux sexes en binôme
    Se partageaient au demeurant sans faire de tergiversation.

    La mort serait une femme noire, obscure, chaude, impénétrable ;
    Le corps resterait masculin car il s’agit de ma personne ;
    Le cœur, féminin c’est notoire, battrait pour des causes admirables ;
    L’esprit serait bien plus malin s’il n’était une fille-garçonne.

    Tout devient plus simple à présent pour avant et après la vie :
    Avant, c’est une jolie prêtresse qui m’offrait le sens de l’humour ;
    Puis à partir de mes treize ans, les femmes m’ont l’âme ravie ;
    Enfin ma dernière maîtresse m’emportera mourir d’amour.

    Tableaux de Nadia Waheed sur http:nadiawaheed.com2023627n4cfe7dcab2d8w5o31e72aeooz7c18http:nadiawaheed.com2023627n4cfe7dcab2d8w5o31e72aeooz7c18 .

  • La fille de Noé

    Non, ce n’est pas Arsinoé, Parsiphaé ou Salomé
    Mais bien la fille de Noé dont on connaît la renommée.
    Mais on ne sait rien de son nom – sans doute une erreur de genèse –
    Qui aurait eu peur du renom de celle qui en prenait à son aise.

    À son aise avec les mélanges, métissages et hybridation
    Au point que papa se dérange pour avoir une explication :
    « Ces chienpanzés, ces lapintades, ces serpaons et femmes-poissons,
    Il est temps que ces incartades cessent et toutes ces contrefaçons ! »

    Ainsi parla le patriarche contre la folie de sa fille
    Qui a failli créer dans l’arche des chimères de pacotille.
    Toutefois elle put, sereine, relâcher quelques spécimens
    Notamment une jolie sirène qu’elle aurait nommée Célimène.

    Tableaux de Patricia Traub.

  • L’automne pudique

    L’automne pudique

    Cette année, l’automne pudique se montrera plutôt timide
    Derrière des voiles de pluies et des grands rideaux de brouillard.
    Sortez vos plus chaudes tuniques contre les matinées humides
    Et ouvrez grand vos parapluies sous les nuages vasouillards.

    Promenez-vous donc dans mes bois et observez Mère-Nature ;
    Bien sûr, elle se montre nue mais un voile prude sur les fesses.
    Les feuilles se cachent dans les sous-bois ; la rouille, pas assez mature,
    Semble être mise en retenue derrière la brume qui s’affaisse.

    Lorsqu’on pense qu’il va pleuvoir, où sont passées les hirondelles
    Qui devaient chasser – quels insectes ! – sur l’eau dormante des marais ?
    Tout n’est que fin de recevoir car l’automne – peu sûre d’elle –
    Affiche un moral qui affecte tout ce qui devrait démarrer.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le dernier train en gare Saint-Charles

    Image galerie

    Pour mon tout dernier train de rêve, je prendrai le Paradis-Express !
    Avec ses chimères loufoques et ses sirènes imaginaires.
    Après une recherche brève, bien qu’il n’y ait vraiment rien qui presse,
    Je prendrai un air équivoque sur la route extraordinaire.

    Le dernier train qu’a pris Noé, je m’en souviens parce que sa fille
    Menait les animaux par couple dans les wagons à gros rivets.
    Elle avait mis des canoës à disposition des familles
    Au cas où des règles plus souples le permettraient à l’arrivée.

    Le dernier voyage aux enfers était tout sauf un convoi triste ;
    Les filles s’habillaient léger et riaient avec les garçons.
    Ils n’avaient pas l’air de s’en faire, entre autres détails rigoristes,
    Sous la chaleur, pour galéjer, des contrôleurs en caleçon !

    La dernière fois, c’était avant que l’an deux mille nous accable ;
    Les tickets étaient en papier que l’on achetait au guichet.
    Les trains de nuits partaient bravant les distances incommensurables ;
    Au matin, on s’posait bon pied bon œil vers le but aguiché.

    Sérigraphie de Jean-Claude Forest.